L'affaire GIAL à Bruxelles n'est "pas un scandale", même si le recours à des faux indépendants doit être régulé

L'affaire GIAL à Bruxelles n'est

Le nouveau scandale à Bruxelles n'en est finalement pas un. C'est la conclusion à laquelle sont arrivés et politiciens et analystes ce dimanche sur le plateau de C'est pas tous les jours dimanche.

Pour rappel, GIAL veut dire Gestion Informatique des Administrations Locales. C'est le nom d'une ASBL de la Ville de Bruxelles qui gère donc l'informatique à la ville. Elle compte 125 employés, gère un parc de 9.000 ordinateurs et a un chiffre d'affaire de 26 millions d'euros.

Ce qui lui est reproché, c'est qu'elle a eu à sa tête pendant 18 ans l'expert Michel Leroy, qui facturait en tant qu'indépendant 1.000€ par jour de travail à la ville (875€/jour TVA déduite, ce qui fait un salaire annuel de 153.000€ brut par an). L'ex-directeur général de GIAL, Jean-Marc Goeders, a lui facturé 1250€ par jour en tant qu'indépendant pendant 7 ans. Et enfin, deux membres du service communication de la Ville, dont le porte-parole du bourgmestre déchu Yvan Mayeur, ont été rémunéré par le GIAL pendant 2 ans sans y travailler, car ils devaient aussi travailler pour le site internet de la ville.


Un profil rare qu'il fallait bien payer

Pour Karine Lalieux, échevine PS de Bruxelles et ancienne présidente de GIAL, les émoluments de M. Leroy ne sont pas un scandale. "M. Leroy est un ingénieur en informatique. C'est un profil rare. C'est lui qui avait construit toute l'architecture de l'informatique à la ville. La ville c'est 4.500 fonctionnaires payés chaque mois, 40.000 utilisateurs, 180 écoles qui sont servies. Il faut expliquer ça au citoyen. C'est pas 3 ordinateurs qui sont déployés dans 3 cabinets d'échevins".

Et alors qu'elle régularise la plupart des contrats en 2008, "M. Leroy veut maintenir le sien". Elle demande alors une consultation juridique auprès d'un avocat indépendant de la ville "qui me confirme que je peux maintenir M. Leroy dans ce contrat." De plus, elle reçoit une recommandation du directeur général qui disait: "M. Leroy est indispensable à GIAL". Voilà pourquoi l'homme est resté en place tout ce temps. "J'assume encore aujourd'hui que j'ai maintenu M. Leroy", explique Mme Lalieux. "Je comprends que les gens soient choqués par des salaires aussi exorbitants. Mais ce profil-là dans le marché du travail à ce moment-là coûtait ça."


Deux audits positifs et ils ont continué, un audit négatif et tout a été réglé

En tout, 2 audits diront qu'il n'y a aucun problème avec le contrat de faux indépendant (indépendant ne travaillant que pour un seul client qui est donc de fait son patron) de M. Leroy. Mais le dernier audit, commandé par les politiques et datant de 2017, considérera qu'il n'est pas légal. Voilà pourquoi depuis lors, le Collège communal de Bruxelles a entrepris de remettre de l'ordre dans ses ASBL. "On a été saisis par un audit en 2017. Un warning a été lancé et tout a été tout à fait bien fait par le collège : immédiatement licenciements, immédiatement reprise en main du problème de GIAL. Tant mieux si on nettoie les placards", a expliqué le premier échevin MR de Bruxelles Alain Courtois. "Pour ce qui concerne la Ville, nous avons fait avec le PS notre travail. On a fait un cadastre de toutes les structures de la ville. On a réduit plus de 400 mandats dans ces structures."


Pas un problème d'argent

Pour le chroniqueur Michel Henrion, le problème n'est donc pas combien était payé M. Leroy. "On serait en Wallonie où le maximum a été fixé à 245.000 euros, ce top manager serait considéré comme un champion de la bonne gouvernance" avec ses 153.000 euros. Le problème, c'est d'une part qu'il n'y a jamais eu d'appel d'offre pour son poste, et d'autre part, "les 18 ans qu'on a mis à renégocier ce contrat", estime Michel Henrion.

Et ce n'est pas non plus un problème de recours aux indépendants. "Les contrats d'entreprise existent partout. Dans les hôpitaux, la majorité des médecins sont sous contrat d'entreprise", explique Karine Lalieux. "Si vous ouvrez la boîte de pandore des faux indépendants, vous allez être surpris. Cette boîte-là, il faut alors oser l'ouvrir pour tout le monde" et pas seulement stigmatiser la ville de Bruxelles, prévient Alain Courtois. En effet, cette pratique est courante, dans le public mais surtout dans le privé.


Le bourgmestre de Bruxelles défend ses mesures

Désormais, à Bruxelles-Ville, on nettoie. Le bourgmestre, Philippe Close, était également sur le plateau. Depuis l'audit, il a ouvert le conseil d'administration de GIAL à l'opposition pour qu'ils puissent consulter toute une série de dossiers, il a décidé de fusionner des ASBL Bruxelloises et d'interdire à des indépendants d'en être à la tête. Il rappelle cependant l'utilité de celles-ci. "Derrière ces ASBL, ce sont nos hôpitaux, Bordet, Saint-Pierre, Brugmann, l'hôpital des enfants, c'est Brussels Expo, c'est quelque chose qui fournit des repas dans les homes …"

Mais Philippe Close, toujours président de NEO, autre structure de la Ville qui gère le redéploiement du plateau du Heysel, continuerait à faire appel à des indépendants. "À Neo, c'est un salarié qui est administrateur délégué" et non un faux-indépendant, assure-t-il. Les managers ne sont donc pas dans la situation de M. Leroy. À côté, il faut des experts, et là, "les gens que nous sommes allés chercher, ce sont des ingénieurs".

Enfin, Philippe Close évacue les accusations qui prétendent que les postes de M. Leroy et M. Goeders ont été obtenu par copinage. "Ce ne sont pas des gens qui sont proches du parti socialiste ni d'un autre parti."

En résumé, "les pratiques de consultants et de conventions de management, qui se sont fort répandues, on y a mis fin à Gial. Par contre, le fait de faire appel à de l'expertise, durant un temps déterminé, je pense qu'il faut continuer", a estimé le bourgmestre.

Conclusion de la chroniqueuse Emmanuelle Praet : "Il n'y a pas de scandale politique".

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