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"Ça date de très longtemps" : quand Booba et Kaaris racontent leur rivalité aux enquêteurs

Montage de photos des rappeurs Booba et Kaaris GUILLAUME BAPTISTE, DOMINIQUE FAGET

De complices à frères ennemis : devant les enquêteurs, la star du rap français Booba et son rival Kaaris, qui contestent lundi leur incarcération, ont raconté leurs années de "clashes" qui ont culminé avec la rixe de l'aéroport d'Orly et les ont conduits en prison.

"Pouvez-vous revenir sur l'origine du différend que vous avez ?" Pendant leur garde à vue, la même question est posée aux deux rappeurs après la bataille générale qui a éclaté entre leurs deux clans le 1er août, selon des procès-verbaux dont l'AFP a eu connaissance. Booba et Kaaris ont, depuis, été écroués avec plusieurs de leurs proches dans l'attente de leur procès le 6 septembre et ont saisi la justice pour demander leur libération.

"Ca a commencé par des piques", "ça date de très longtemps", explique Booba, 41 ans, aux enquêteurs de la Police aux frontières (PAF) début août. C'est lui, rappelle-t-il, qui avait "lancé" la carrière de Kaaris en l'invitant sur le morceau "Kalash", gros succès en 2012.

Mais deux ans plus tard, en improvisation sur l'antenne de Skyrock, Kaaris s'adresse au "numéro 1" : "Je vais attendre que le soleil soit assez haut dans le ciel que tous me voient tuer le roi". Booba se sent visé. "Il a eu des paroles envers moi à la radio que je n'ai pas appréciées. Je ne sais pas ce qu'il cherche", dit-il aux enquêteurs.

S'ensuivent des années d'"altercations", de "clashes sur les réseaux sociaux", décrit-il.

A en croire Kaaris, 38 ans, la rivalité a en réalité commencé quand il a refusé "d'insulter" deux rivaux de Booba, Rohff et La Fouine. "Il m'a dit +c'est pas grave tu vas prendre leur place+". Booba dit-il, multiplie alors les piques, notamment via des montages sur Instagram. "A chaque fois, c'est fait pour me ridiculiser", dit Kaaris devant les policiers.

- "Trucs de gamins" -

Dernière attaque en date, une phrase de Booba, invité par un autre rappeur sur un morceau sorti en juillet, où il parle de "mettre son sexe dans le sexe de ma femme", comme le paraphrasera Kaaris devant les enquêteurs. En juin, dans le clip en images d'animation du morceau "Gotham", Booba "me décapite devant un bar gay", raconte-t-il aussi.

Si, selon le compte-rendu des enquêteurs, la vidéosurveillance de l'aéroport démontre que le groupe de Booba est à l'origine de la rixe, les deux rappeurs s'en rejettent la responsabilité.

"Il me fixait, un peu provocateur", dit Booba. Lui voulait "contourner" son rival, mais a reçu des projectiles, "et ensuite c'était parti".

Il avait été prévenu, dit-il : dans une vidéo de 2014, Kaaris "annonce" ce qu'il se passera "lorsqu'il me verra seul en vrai". "Y a aucun mec de tiéquar (quartier) qui se bat sur internet", dit Kaaris dans cette vidéo, moquant les piques de Booba sur les réseaux sociaux, "des trucs de gamins". "On se bat pas sur internet nous. Tout se passe dans la street (...) viens en face de moi. Je vais t'enculer. Je vais te briser tes os, je vais te boire ton sang".

"Tout y est", commentera Booba devant les enquêteurs.

"Je suis un acteur et j'en ai trop fait", avancera plutôt Kaaris. "J'étais fatigué, j'avais été moqué, sali, humilié". Booba est "en guerre contre le monde entier", "casse des carrières" pour "garder le monopole", analyse-t-il.

Kaaris assure qu'à Orly, son rival s'est approché de son groupe avec ses amis. "Lève toi salope", aurait dit l'un d'eux. "Après, les coups pleuvaient, ça partait dans tous les sens", assure Kaaris. "Je me suis défendu comme je pouvais".

Sa version est confortée par les images de vidéosurveillance, disent les enquêteurs: on y voit Booba arriver depuis la zone de contrôle "d'un pas décidé", lâcher son sac au sol et "continuer d'avancer" avec un de ses proches vers Kaaris, qui finit par reculer "pour conserver une distance", notent-ils. "A 14H56 et 20 secondes", Booba et son ami "se ruent sur Kaaris", et le "clash" tourne à la bagarre générale, sous les yeux de passagers éberlués.

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