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"Chanson douce", l'adaptation inquiétante du roman de Leïla Slimani

L'actrice Karin Viard, le 22 février 2019 à ParisThomas SAMSON

Dans "Chanson douce", en salles mercredi, Karin Viard est trouble et inquiétante à souhait dans le rôle de la nounou tueuse dont l'histoire glaçante avait valu à la romancière franco-marocaine Leïla Slimani le prix Goncourt en 2016.

C'est Lucie Borleteau, réalisatrice du remarqué "Fidelio, l'odyssée d'Alice" en 2014, qui s'attaque à la lourde tâche d'adapter le roman de Leïla Slimani, best-seller qui s'est vendu à quelque 900.000 exemplaires en France, a été largement traduit dans le monde entier et a déjà fait l'objet d'une adaptation théâtrale.

Inspiré d'un fait divers réel survenu à New York en octobre 2012, "Chanson douce", coécrit par Lucie Borleteau, Jérémie Elkaïm et Maïwenn, raconte l'histoire de Paul (Antoine Reinartz) et Myriam (Leïla Bekhti), un couple de bobos parisiens, qui décident de faire appel à une nounou pour garder leurs deux enfants quand Myriam veut reprendre son travail d'avocate.

Ils trouvent la perle rare, Louise (Karin Viard), une femme expérimentée et dévouée, toujours disponible. Souvent absents, rentrant tard à la maison, ils peuvent compter sur Louise. Prête à travailler la journée comme le soir pour garder Mila, 5 ans, et son petit frère Adam, encore bébé, elle occupe une place de plus en plus grande dans leur famille.

Mais au fur et à mesure qu'elle rentre dans leur intimité, cette femme rigide va se montrer de plus en plus étrange et imprévisible, glissant progressivement vers l'irréparable.

Récit terrifiant d'un double infanticide - jamais montré directement - et critique de notre société et de la violence de ses rapports de classe, évoquant à la fois "La Cérémonie" de Chabrol et "Le locataire" de Polanski, "Chanson douce" mélange les genres.

Entre chronique réaliste et thriller psychologique aux accents parfois fantastiques, le film glisse lentement vers le malaise, tandis que la tension est entretenue aussi par la musique.

"J'aime l'idée d'une ambivalence permanente qui plane sur le récit, entre naturalisme et fantastique, et qui renvoie à cette +inquiétante étrangeté+ dont parle Freud", souligne Lucie Borleteau dans le dossier de presse du film.

Actrice populaire à l'image sympathique, Karin Viard arrive à se glisser parfaitement dans la peau de cette femme désaxée, trouble et surprenante, qui va se révéler monstrueuse derrière ses allures parfaites, "figure de cauchemar absolu" qui "incarne nos peurs ancestrales", selon la réalisatrice.

"Louise est un personnage très différent de ce que j'ai déjà pu jouer jusqu'alors", souligne Karin Viard, dont le jeu tout en nuances évite la caricature, sans pour autant susciter l'empathie. "On m'a beaucoup envisagée dans des rôles de femmes joviales et truculentes et là, j'incarne un personnage plus complexe, âpre, noir, dingue et violent".

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