"Chroniques des limbes de l'Europe": une avocate belge publie son récit du camp de Moria

(Belga) L'avocate Marie Doutrepont du cabinet Progress Lawyers Network a présenté vendredi soir à la librairie Par Chemins à Forest (Bruxelles) son livre "Chroniques des limbes de l'Europe". Il s'agit d'un recueil de lettres, écrites à ses proches en mai dernier, durant son incursion de trois semaines dans le camp de réfugiés de Moria sur l'île de Lesbos en Grèce. Son livre sortira en librairie mercredi prochain.

Marie Doutrepont a répondu à un appel du Conseil des barreaux européens pour travailler bénévolement dans une ONG. Elle fournissait une aide juridique gratuite aux migrants retenus dans le camp dans l'attente d'une décision sur leurs demandes d'asile. "Au début, j'ai vraiment écrit pour mes proches, pour partager ce que je vivais", explique Marie Doutrepont. "Je suis avocate en droit d'asile depuis neuf ans, mais je tombais complètement des nues. Le camp est interdit aux journalistes et les travailleurs des ONG n'ont pas le droit de raconter ce qu'ils y voient. Il y a une omerta organisée et peu de récits de ce qui s'y passe. J'ai ressenti une obligation morale de témoigner". Elle évoque une femme violée qui n'a pas reçu de soins adaptés, un homme malade soigné seulement à l'article de la mort, un autre traité à coups de piqûres calmantes et à qui on ne fournissait pas le régime adapté à son mal, de femmes qui préféraient porter des langes la nuit plutôt que de se rendre aux toilettes. "Je ne dis pas ça pour taper sur les médecins grecs qui sont débordés, sous-payés et sûrement épuisés, mais cela montre qu'au niveau systémique tout est mis en place pour que les gens soient poussés à bout, qu'ils comprennent bien qu'ils ne sont pas les bienvenus, et qu'ils fassent passer le message à ceux restés au pays", continue l'avocate. "Je m'attendais à ce que des choses comme ça puissent se passer dans des camps en Afrique, mais j'ai trouvé fou qu'on fasse cela en Europe alors qu'on a des moyens." (Belga)

Vos commentaires