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"De la petite cuillère...à la ville": 60 ans de mobilier d'architectes

La chaise longue de Le Corbusier, la lampe Pipistrello inspirée des ailes de la chauve-souris, le fauteuil-sac rempli de billes des années 70: ces icônes du design sont nées de l'imagination d'architJOEL SAGET

La chaise longue de Le Corbusier, la lampe Pipistrello inspirée des ailes de la chauve-souris, le fauteuil-sac rempli de billes des années 70: ces icônes du design sont nées de l'imagination d'architectes parachevant jusqu'au moindre détail immeubles et maisons.

Jusqu'au 30 septembre, la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, au Trocadéro à Paris, consacre une rétrospective inédite au mobilier d'architectes, designers avant l'heure, contribuant à l’émergence de styles, aux côtés des ébénistes et décorateurs.

"L'architecte n'est pas seulement un bâtisseur de gratte-ciels et de grands ouvrages. Certains dessinent des meubles et des luminaires, +de la petite cuillère...à la ville+, selon la formule d'Ernesto Nathan Rogers, architecte italien", rapporte à l’AFP Lionel Blaisse, commissaire principal de l'exposition.

Avec près de 250 pièces signées par 125 architectes du monde entier dont Frank Gehry, Zaha Hadid, Arne Jacobsen, Le Corbusier, Jean Nouvel, Gio Ponti et Verner Panton, "Mobilier d'architectes" passe en revue 60 ans de création et d'innovation.

La rétrospective démarre avec les Sixties, période charnière marquée par une forme d'insouciance et une nouvelle génération d'architectes. Dès les années 20, le Bauhaus, mythique école allemande d'architecture et d'arts appliqués, a incarné l'approche la plus fusionnelle entre architecture et design.

Le visiteur découvre ces architectes designers en déambulant à travers les collections permanentes de la Cité de l'Architecture.

A l'occasion de réjouissants télescopages anachroniques, des dizaines d'icônes du design voisinent avec l'architecture romane ou les plafonds peints du XIVe siècle de la coupole de la cathédrale de Cahors.

A deux pas de la maquette de la fameuse flèche de Viollet-le-Duc à Notre-Dame-de-Paris, détruite dans l'incendie du 15 avril, trône une bibliothèque des années 80 d'Ettore Sottsass.

Plus loin, deux petites chapelles gothiques servent d'écrins aux célèbres fauteuils Culbuto (1967) de Marc Held, et Elda (1963) de Joe Colombo. Dix siècles les séparent, sans faute de goût.

- "Imagination fabuleuse" -

L’exposition met aussi en lumière quelque 90 éditeurs dont Vitra, Knoll, Cassina et Alessi qui, depuis plusieurs décennies, accompagnent la création mobilière des architectes. Parmi les pièces toujours éditées, la mythique "Panton Chair", première chaise en plastique moulée d’une seule pièce signée par le Danois Verner Panton en 1960.

"La question n'est pas de savoir si le mobilier d'architectes serait supérieur à celui des designers, mais de comprendre ce qui en fait sa spécificité, son originalité et sa richesse, indépendamment de son succès commercial ou médiatique", estime Lionel Blaisse.

"Les architectes se permettent de faire des choses que n'oseraient pas des designers. La principale différence est que l’architecte est le maître d’œuvre : il dessine avec la connaissance pluridisciplinaire des matériaux et des technologies", ajoute le commissaire principal.

Parmi les créations d'architectes les plus récentes présentées à la Cité du Patrimoine, les meubles en carton du Japonais Shigeru Ban, lauréat en 2014 du Prix Pritzker, le "Nobel de l'architecture", ou encore l'une des chaises les plus légères du monde (960 gr de fibre de carbone) conçue en 2010 par Kiyomi Suzuki qui a travaillé cinq ans avec Jean Nouvel.

La rétrospective braque aussi ses projecteurs sur le mobilier des architectes brésiliens, sous la houlette de Oscar Niemeyer. Des pièces emblématiques de Jorge Zalszupin pour des institutions de Brasilia sont présentées. Depuis 1990, les frères Campana incarnent le renouveau du design national.

"Pourquoi ne redonnerait-on pas aux architectes une mission globale qui intègrerait le mobilier? Parfois, aujourd’hui, les architectes n'ont plus la maîtrise d’œuvre", observe Lionel Blaisse. "Avec cette exposition, nous faisons la démonstration que les architectes ont une imagination fabuleuse qui permet de faire avancer la technologie".

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