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"Don Quichotte", vieux rêve de Terry Gilliam et grand voyage baroque

Le réalisateur britannique Terry Gilliam à l'Opéra Bastille à Paris, le 13 mars 2018STEPHANE DE SAKUTIN

C'est ce qui s'appelle se faire désirer: près de trente ans après en avoir rêvé, Terry Gilliam va enfin montrer, samedi soir à Cannes, son "Don Quichotte", film foutraque et ode aux vieux fous et à leurs rêves.

Dans le classique de Cervantes, l'hidalgo le plus célèbre de la littérature est obsédé par la chevalerie quitte à prendre des moulins pour des géants. A ses côtés, son écuyer, Sancho Pança, ne pense qu'à manger.

Pour adapter très librement ce roman et donner naissance à "L'homme qui tua Don Quichotte", l'ex-Monty Python a réuni son fidèle complice, Jonathan Pryce -- qu'il a filmé dans son chef d'oeuvre "Brazil" et dans "Les aventures du baron de Münchhausen" -- et Adam Driver ("Paterson", "BlacKKKlansman").

L'acteur de la nouvelle saga "Star Wars" joue ici Toby, un réalisateur de pub désabusé. Sur un tournage en Espagne, il se remémore le film qu'il a réalisé, étudiant, avec des habitants des environs.

Un film qui portait... sur Don Quichotte et a eu des conséquences tragiques sur ses acteurs, à commencer par Javier, un vieux cordonnier qui interprétait le chevalier errant et Angelica, la demoiselle en détresse. Le premier s'est enfoncé dans la folie au point de se prendre pour l'homme de la Mancha tandis que la seconde n'a pas percé comme actrice et est devenue la compagne d'un mafieux.

Les retrouvailles entre ces personnages vont faire basculer Toby dans le tournage de ses vingt ans et dans l'histoire de Don Quichotte revisitée à la sauce moderne, avec migrants marocains et oligarques russes.

Film dans le film, allers-retours entre le passé et le présent, allusions au tournage maudit de Gilliam en 2000 et aux pluies diluviennes qui le transformèrent en fiasco... "L'homme qui tua Don Quichotte" joue à 100% la carte du carnavalesque pendant plus de deux heures, au risque de perdre les plus cartésiens.

Il le fait toutefois avec humour, une bonne dose de folie et de nombreuses chutes de cheval.

Reste le message: laissons rêver les vieux fous, martèle le film qui fait l'apologie de la persévérance. Comme si Gilliam répondait à ceux qui n'ont pas cru en son projet qui a connu neuf tentatives de production avant de voir le jour.

"C'est un bien meilleur film que celui que je n'ai pas fini en 2000", a confié le réalisateur. Il est dédié au Français Jean Rochefort, qui avait participé à ce tournage, dans le rôle de Don Quichotte.

Outre Jonathan Pryce et Adam Driver, la distribution du film réunit les acteurs Stellan Skarsgard, Olga Kurylenko, Rossy de Palma et Sergi Lopez.

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