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"Donne-moi des ailes": quand l'homme montre le chemin aux oiseaux migrateurs

Nicolas Vanier (G) et Jean-Paul Rouve au Festival d'Angoulême, le 25 août 2019Yohan BONNET

Voler en ULM avec des oies sauvages pour changer leur itinéraire de migration: ce pari fou, tenté par un scientifique dans les années 1990, reprend son envol avec "Donne-moi des ailes", la dernière fiction de Nicolas Vanier, dans les salles mercredi.

Plus qu'un film, "Donne-moi des ailes" se veut un projet écologique pour ce réalisateur et aventurier, connu pour ses périples en chiens de traîneaux. Son espoir, cette fois, est de sauver les oies naines, une espèce en voie de disparition.

"Quand on voit qu'un tiers des oiseaux ont disparu en Europe, comment ne pas s'alarmer?", s'interroge Nicolas Vanier, dans un entretien à l'AFP.

"J'ai toujours été intéressé par la nature, les oiseaux... et les fous", confie le réalisateur, qui a vu dans l'aventure de Christian Moullec la "matière" pour faire une fiction et au-delà, "faire passer un message".

Il y a une vingtaine d'années, ce météorologue réussissait l'exploit de voler avec des oies à bord de son ULM jusqu'en Laponie, pour leur "apprendre" un nouvel itinéraire de migration.

Le trajet entre la zone d'hivernage de ces oiseaux, dans le sud de la France, et leur zone de migration, dans le Nord de l'Europe, emprunté depuis des millénaires, n'est en effet plus viable et les nombreux obstacles (pollution lumineuse, urbanisation croissante, parcs éoliens, chasse... ) entraînent une mortalité excessive.

D'où l'idée de leur montrer une voie plus sécurisée. Mais comment leur montrer le chemin ? Christian Moullec s'est fondé sur la théorie de l'imprégnation, selon laquelle certains animaux reconnaissent comme parent le premier être vivant - animal ou humain - qu'ils aperçoivent à leur naissance. Il a donc fait éclore devant lui les oies, pris en charge leur apprentissage afin qu'elles suivent leur "papa" humain durant leurs premiers vols.

L'expérimentation, menée à l'époque avec une quinzaine d'oiseaux, avait fonctionné. "Les oiseaux sont repartis tous seuls emprunter l'itinéraire que l'homme leur avait montré, grâce à une reprogrammation de leur +GPS+", explique Nicolas Vanier.

"On sait que ça marche, et je suis bien placé pour le savoir puisqu'on a réitéré l'expérience pour le film", tourné en conditions réelles, souligne le cinéaste. Maintenant, "pour sauver l'espèce, il faudrait recommencer l'expérience avec 150 à 200 oiseaux, le minimum selon les scientifiques pour reconstituer un capital".

- Un projet qui fait débat -

Christian Moullec n'avait pu aller plus loin, n'obtenant ni les financements, ni les autorisations dans les pays traversés (Pays-Bas, Norvège...). Notamment parce que son projet ne faisait pas l'unanimité: "le principe de dévier des courants migratoires peut marcher pour certaines espèces, comme l'ibis chauve. Mais pour l'oie naine, l'expérience de Christian Moullec n'a pas été retenue par les scientifiques dans le cadre des programmes de conservation de l'espèce", explique à l'AFP Yves Verilhac, directeur général de la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

La meilleure solution pour protéger ces oiseaux serait d'abord, selon lui, de "créer des réserves naturelles et d'arrêter de les chasser". La LPO est néanmoins partenaire du film, "parce que c'est une belle fiction qui sensibilise à la disparition des oiseaux".

Nicolas Vanier espère, lui, que l'impact de "Donne-moi des ailes" lui permettra d'avoir les appuis pour poursuivre le projet. "J'en ai parlé à des hauts commissaires européens, j'en ai même touché un mot à Macron", dit-t-il.

Le réalisateur de "Belle et Sébastien" signe l'un de ses films "les plus engagés", au terme d'un tournage "infernal, car filmer des oiseaux en train de voler, c'est ce qu'il y a de plus dur. Et pourtant, j'ai tourné à moins 50 degrés en Sibérie avec des loups !"

Transposée à notre époque, l'aventure de Christian Moullec est retracée avec panache, et dresse le portrait touchant d'un scientifique (joué par Jean-Paul Rouve) qui arrive à transmettre sa passion à son fils adolescent (Louis Vazquez).

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