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"Fluctuart": le street art s'amarre sur la Seine avec un nouveau musée

Capture d'écran d'une vidéo de l'AFPTV montrant la barge de "Fluctuart" amarrée près du pont des Invalides à Paris, le 21 juin 2019Natalie HANDEL

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Le street art s'amarre en bord de Seine: le premier centre d’art urbain flottant au monde, où se côtoient les plus grands noms de l'art de rue, de Banksy à Vhils en passant par JR et Keith Haring, ouvre ses portes pour mieux faire connaître cet art montant au grand public.

C'est un bateau tout en transparence, au design dépouillé, qui s'ouvre rive gauche sur 1.000 mètres carrés et trois niveaux. Avec ses baies aux extrémités, il a été conçu de telle sorte que l'on voie les oeuvres du street art dans l'enfilade des ponts sur la Seine.

De la vaste cale de 3,5 mètres de hauteur, on se sent au plus près du fleuve. Le clapotis des flots monte d'une darse intérieure où poussent les plantes d'eau et où viennent se sustenter les canards.

"Nous avons voulu ce lien très fort avec l'eau, l'environnement. Il faut réinventer le rapport à l'eau", souligne à l'AFP Nicolas Laurego Lasserre, directeur artistique du projet, collectionneur et spécialiste de street art.

L'emplacement privilégié retenu --avec une vue sur le pont des Invalides et sur le Grand Palais, et de l'autre côté, la proximité de la Tour Eiffel-- "incite à s'incliner, à être modeste, à laisser voir. D'où notre impératif de transparence".

La Ville de Paris a retenu ce site pour un centre d'exposition gratuit, au bord d'un quai où passent deux millions de personnes chaque année, alors que Paris est sujette à une "streetartomanie", avec des projets et expositions d'art urbain fleurissant de toutes parts.

"Un lieu hybride: lieu festif avec restaurant, rooftop, librairie, et lieu de création artistique, qui, dans la logique du street art, doit rester accessible à tous": ce sont les deux piliers de Fluctuart, que résume Nicolas Laurego Lasserre.

- Le projet fou de trois amis -

Cinq cents visiteurs au maximum pourront monter sur le bateau, pour raisons de sécurité.

Première à inaugurer l'espace d'exposition permanente dans la cale du bateau, l'Américaine Swoon, l'artiste la plus importante du street art, venue pendant quinze jours en juin investir "la Cale" avec son "Time Capsule".

Celle qui avait fait l'évènement en 2013 à la Biennale de Venise en débarquant de la mer sur un radeau surmontée d'une pyramide de déchets, y expose la précarité urbaine avec ses silhouettes découpées: une observation acérée qu'elle mène depuis vingt sur les murs des villes.

A l'étage intermédiaire et jusque sur les quais, une collection permanente rassemble sur des vitrines de verre modulables les plus grands noms du street art, avec pour chacun au moins une oeuvre: Banksy, JR, Shepard Fairey, Vhils, Roa, Invader, Keith Haring, Nasty, etc...

Pour ce projet un peu fou, Nicolas Laurego Lasserre s'est associé à deux autres passionnés: Géraud Boursin, fondateur de la péniche Le Marcounet depuis 2013, club de jazz au Pont Marie, et associé-gérant d’une entreprise spécialisée dans l’hôtellerie de plein air, et Éric Philippon, investisseur dans des PME non cotées du secteur du tourisme.

Quatre millions d'euros ont été misés sur ce bateau pensé, inventé et construit en quatre ans. Une convention pour vingt ans a été signée avec Ports de Paris, à la suite d'un appel d'offres lancé dans le cadre de l'initiative "Réinventer la Seine" qui regroupe Paris, Rouen et Le Havre. Un loyer est versé à la Ville de Paris.

Il n'y a pas eu de subvention publique, et les trois concepteurs comptent sur la restauration --"de la petite gastronomie"-- et la location de la terrasse pour des performances et soirées festives afin de compenser la gratuité.

Des financements ont été apportés par la Banque publique d'investissement (BPI) et la société de gestion de portefeuille APICAP, ainsi que grâce à des emprunts bancaires.

Dans un partenariat avec l’ICART (école du management de la culture et du marché de l’art) que dirige Nicolas Laurego Lasserre, les étudiants feront des visites guidées pour un public qui connait mal et a parfois des préjugés sur le street art.

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