"Les Affamés": cinquante ans après 68, une nouvelle génération révoltée

La chanteuse et comédienne Louane Emera au 70e festivbal de Cannes, le 17 mai 2017Valery HACHE

Flash spécial sur toutes les ondes: les jeunes ont totalement disparu ! Phénomène surnaturel ? Tout simplement, une grève générale "pour dénoncer la précarité d'une classe d'âge". Avec "Les Affamés", qui démarre par cette scène coup de poing, Léa Frédeval, 27 ans, porte à l'écran son livre éponyme.

Avec en tête d'affiche la chanteuse et comédienne Louane Emera, ce long métrage, en salles mercredi, marque les débuts comme réalisatrice de l'auteur en 2014 du livre "Les Affamés: Chroniques d'une jeunesse qui ne lâche rien" (Bayard).

Comédie sociale de l'été, ce film sonne comme un manifeste contre la précarité qui touche de plein fouet les 15-24 ans, "invisibles parmi les invisibles avec les travailleurs immigrés", clament les personnages.

Déjà épuisée à 21 ans en cumulant études supérieures, petits boulots mal payés et galères du quotidien, Zoé en a sa claque de s'entendre dire: "c'est normal, t'es jeune !" Déterminée à "bouleverser le système", elle unit autour d'elle d'autres "affamés", bien décidés à faire entendre leur voix "dans un monde qui ne les accueille ni ne les intègre".

Découverte comme chanteuse en 2013 dans l'émission "The Voice" et actuellement en tournée dans toute la France avec son deuxième album, Louane, César du meilleur espoir féminin en 2015 pour "La Famille Bélier", est solaire dans le rôle de Zoé, militante en chef d'une nouvelle génération désabusée.

Rappelant l'esprit potache de "L'Auberge espagnole" de Cédric Klapisch, "Les Affamés" réunit aussi Pierre-François Martin-Laval ou Anne Depétrini.

"Dans le cinéma français, il y a soit des comédies potentiellement vulgaires, soit des films +prise de tête+. J'ai eu envie de croiser les deux", explique à l'AFP Léa Frédeval.

- "La jeunesse, c'est le futur !" -

Léa Frédeval, malgré un diplôme de sociologie, avait elle-même été obligée de s'inscrire à Pôle Emploi à la fin de ses études, devenant tour à tour serveuse, ouvreuse, baby-sitter, caissière et vendeuse.

"Je suis née blanche. J'ai un prénom qui sonne français. J'ai été éduquée par des parents lettrés… J'avais donc plus de cartes pour m'insérer dans la société", souligne la jeune réalisatrice, qui partage avec ce film son parcours et sa colère.

"Les jeunes d'aujourd'hui bossent comme des fous parce qu'ils ont peur de l'avenir: il n'y a plus de sécurité amoureuse, professionnelle, financière. On leur fait croire qu'avec des stages à rallonge, ils finiront par gagner leur place dans ce monde. Mais, c'est faux !", ajoute-t-elle.

Soulignant être "passée d'un livre écrit dans sa chambre à la réalisation d'un film avec une équipe de 120 personnes", Léa Frédeval n'en revient toujours pas.

"Mon film, comme mon livre, est une prise de position, pas forcément un manifeste. Mon objectif est que toutes les générations découvrent la réalité de la jeunesse, et qu’enfin du lien se crée", dit-elle. "La jeunesse, c'est le futur: tout le monde est concerné !".

Zoé, épuisée par son statut de précaire diplômée, l'assure dans le film: "il me reste soixante piges à tirer comme ça. Je ne vais jamais tenir, ni psychologiquement, ni physiquement..."

Le rêve de Léa Frédeval ? Projeter "Les Affamés" à l'Elysée. Et demander "à Emmanuel Macron d'essayer de remplir un dossier de Pôle Emploi ou des Allocations familiales ! On est dirigés par des gens déconnectés de la réalité !"

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