#MeToo: à l'écran, les femmes aussi peuvent être des cow-boys

#MeToo: à l'écran, les femmes aussi peuvent être des cow-boys
Les réalisateurs américains Nathan Zeller et David Zellner, entourés de l'actrice australienne Mia Wasikowska et l'acteur britannique Robert Pattinson le 16 février 2018 à BerlinTobias SCHWARZ

Et si le grand déballage à Hollywood sur le traitement réservé aux femmes leur ouvraient la porte à de nouveaux rôles? C'est ce que suggère "Damsel", un western féministe avec Robert Pattinson, présenté vendredi à la Berlinale.

Dans ce film réalisé par un duo de frères américains, les Zellner, le cow-boy solitaire est une cow-girl.

"Nous ne voulions pas du schéma classique de la femme-objet, du trophée que le héros doit conquérir. Nous avons pris des codes connus des western et on a mis une femme au centre de l'histoire", a expliqué David Zellner à la presse à Berlin.

Le titre "Damsel" ("demoiselle" en anglais daté) joue d'ailleurs avec l'idée de jeune fille en détresse.

Le film s'ouvre sur un Robert Pattinson (Samuel) à la recherche de sa fiancée Penelope, kidnappée dans le grand Ouest.

Bien décidé à la retrouver et à lui passer immédiatement la bague au doigt, il embarque dans cette aventure un faux pasteur, joué par David Zellner. A l'arrivée, rien ne se passe comme prévu.

Contrairement à ce que laisse supposer son nom au parfum mythologique, Penelope (Mia Wasikowska, l'ex "Alice aux pays des merveilles" de Tim Burton) ne l'attend pas au coin du feu, en faisant de la tapisserie. Et l'amour que lui porte Samuel ressemble plus à une obsession mal digérée qu'à un élan du coeur.

Le personnage de Samuel "a une vision extrêmement biaisée du consentement, il est complètement délirant", confirme l'acteur britannique.

- Rôles inversés -

"Quand nous avons tourné le film, le sujet n'était pas si répandu. C'est bizarre que beaucoup de ces conversations reflètent ce que nous essayons de dire à l'écran", a souligné celui qui multiplie les expériences avec des réalisateurs indépendants: "Good Time" des frères Safdie et le prochain Claire Denis.

Pour sa partenaire à l'écran, Mia Wasikowska, le spectateur de "Damsel" est d'abord "amené à croire" certaines choses sur son personnage avant de se rendre compte qu'il est face à une "projection d'un homme et de ses désirs".

Mais plus largement, c'est "la façon dont les femmes sont vues dans les films, dans la culture ou comment elles sont représentées" qui est en train de changer, souligne l'actrice australienne.

"Plus vous verrez à l'écran de femmes puissantes, qui se font entendre, qui savent qui elles sont ou qui vont à l'encontre ce qu'on attend d'elles, mieux ça sera".

Dans le western parodique des frères Zellner, les rôles traditionnellement dévolus aux hommes et aux femmes sont inversés: Penelope choisit qui elle aime, refuse les jeux de séduction qu'on lui impose ou les diktats patriarcaux, quitte à repartir seule sur son fidèle destrier.

Face à elle, les hommes sont couards, malhabiles - dans le maniement des armes notamment - et habités par un romantisme de pacotille, comme l'illustre une scène drolatique avec Robert Pattinson chantant son amour.

Malgré une thématique dans l'air du temps et son humour grinçant, "Damsel" a été assez mal reçu par la presse à Berlin, en raison notamment de longueurs. La Berlinale est le premier grand festival de cinéma en Europe organisé depuis l'émergence du mouvement #MeToo.

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