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"Mystérieux" mais incontournable, Homère s'expose au Louvre-Lens

Des statues sont présentées, le 27 mars 2019 pour une exposition consacrée à Homère au Louvre-LensDenis Charlet
Grèce

Son existence même est encore débattue, mais son oeuvre, fondatrice, irrigue depuis des millénaires la culture occidentale: Homère, mystérieux père de "l'Iliade" et de "l'Odyssée", est pour quatre mois au centre d'une exposition exceptionnelle, qui s'ouvre mercredi au Louvre-Lens.

"On ne connaît presque rien de lui et pourtant, Homère est partout ! Dans notre langage, la littérature, le cinéma. On connaît tous le talon d'Achille, le cheval de Troie, les personnages d'Ulysse ou Pénélope", s'enthousiasme Luc Piralla, l'un des commissaires de l'exposition, présentée jusqu'au 22 juillet à Lens (Pas-de-Calais).

Peintures de Rubens, Gustave Moreau ou Cy Twombly, fragments de poteries, sculptures, extraits de films ou de musique, manuscrits: à travers 250 oeuvres, de l'Antiquité à l'époque contemporaine, l'exposition "fait le point sur ce que l'on sait d'Homère, des origines de son oeuvre" et témoigne de "la manière dont elle a rayonné de manière constante dans l'imaginaire collectif et l'art", explique Alexandre Farnoux, directeur de l'école française d'Athènes et co-commissaire d'exposition.

Le parcours interroge d'abord l'identité du poète. "D'où vient-il ? A quoi ressemblait-il ? A-t-il réellement existé ?", questionne M. Farnoux, n'ayant "aucune certitude".

"Probablement" actif au VIIIe siècle avant JC, au moment ou l'écriture s'est développée, Homère "a pu jouer un rôle dans la mise à l'écrit d'une matière poétique existante sous forme orale, qu'il se serait appropriée et aurait composée par morceaux", donnant naissance, "à la suite d'une longue transmission", à l'Iliade et l'Odyssée, poursuit l'historien.

Devenues très tôt le "livre d'école par excellence du monde grec", ces épopées, incessamment copiées, transformées et enrichies, ont suscité dès le IIIe siècle avant JC, dans la bibliothèque d'Alexandrie, "des recherches érudites pour tenter d'établir le texte original et des éléments de biographie".

Mais, alors que "sept cités grecques s'attribuaient la naissance d'Homère", des portraits variés essaimaient. "L'image dominante est celle d'un vieillard barbu, aveugle, issue d'un personnage de l'Odyssée", indique M. Farnoux. Mais d'autres oeuvres, comme une tapisserie de la manufacture des Gobelins, le présentent imberbe, assis sur un trône, divinisé.

- "Homéromanie" -

Casque à dents de sanglier, armes de bronze ou de fer: en vitrine, des vestiges archéologiques ressemblent étrangement aux objets décrits par Homère. Mais "issus d'une très longue période allant du XVIe au VIIIe siècles avant J.C, ils illustrent le caractère anachronique de l'oeuvre, lié à la transmission orale", note Luc Piralla.

Le spectateur redécouvre ensuite les épopées, "poèmes d'abord chantés, aux milliers de vers, arrivés miraculeusement jusqu'à nous", et leurs multiples interprétations dans l'art, au fil des époques, des styles et des moeurs.

Revisitant de célèbres scènes de l'Iliade, récit d'une année au coeur de la guerre de Troie, et de l'Odyssée, longues errances d'Ulysse en Méditerranée, tableaux et objets permettent d'approcher ces héros, qui nous touchent encore aujourd'hui.

"On y lit les sentiments très humains des personnages", comme la colère d'Achille sur une toile d'Il Baciccio, la culpabilité d'Hélène peinte par Gustave Moreau, observe M. Piralla. Les thèmes universels de la guerre, de la mort ou des migrations, sont aussi évoqués.

Plus loin, le public rencontre des créatures et monstres aux contours mouvants: cyclope et sirènes dessinés par Marc Chagall, Circé peinte par John William Waterhouse, la nymphe Calypso, Charybde et Scylla... Il apprend également que des scènes emblématiques, comme l'enlèvement d'Hélène ou le cheval de Troie, appartiennent à d'autres poèmes aujourd'hui disparus.

Un couloir traite enfin de "l'homéromanie" des artistes, scientifiques ou intellectuels fascinés par Homère, qui désiraient "retrouver la trace des héros", recherchant l'emplacement de Troie ou des escales d'Ulysse, à l'image d'Heinrich Schliemann ou Victor Bérard. Alexandre Le Grand et Victor Hugo en avaient eux fait "un compagnon" et modèle. "Les imitations d'Homère se retrouvent même dans les arts décoratifs, la vaisselle, l'ameublement !" souligne M. Piralla.

Homère, "c'est de la très haute culture", mais "accessible et universelle", conclut-il, invitant le spectateur à "ressortir ces gros bouquins du haut de la bibliothèque, pour se plonger entièrement dans cet univers passionnant".

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