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A 83 ans, Ben expose avec ses amis au "109", nouveau vivier de la création à Nice

Il y a 60 ans, l'artiste niçois Ben était sur la Promenade des Anglais pour apposer sa signature sur les passants érigés au rang de sculptures vivantes. Le revoilà, toujours impertinent, exposant à 83 ans avec une centaine d'amis au "109", le nouveau vivier de la création niçoise.

Adresse à retenir, ces anciens abattoirs en bordure de voie rapide n'ont rien d'un musée mais l'esprit libre et les petits moyens d'un squat. Précédée d'une fête guinguette le soir du vernissage vendredi, l'exposition abrite jusqu'au 19 octobre des centaines d'oeuvres dans la grande halle de 2.000 m2. Des canapés usagés invitent à la discussion.

Coiffé d'un chapeau rouge, en tee-shirt et pantalon noirs, Ben s'affaire sur un ring pour tester son micro. "1, 2, ...la vie est un combat, je vous écoute, je réponds à toutes vos questions", dit-il, réfutant toute volonté de rétrospective : "Non, là il y a même pas 1/10e de ce que j'ai fait ! C'est un parseminage (sic) d'oeuvres de Ben, et puis le reste de l'espace, je l'ai donné à des amis".

Enchanté, il brandit sa dernière trouvaille, un panneau rédigé de sa célèbre écriture ronde.

"Comme l'exposition s'appelle +La vie est un film+, je vais créer un film qui va s'appeler +Il ne se passe rien+. Je demande à tout le monde de venir s'asseoir et de tenir le panneau (sur lequel il a écrit +il ne se passe rien+, ndlr). Aujourd'hui, dans les films, il se passe toujours quelque chose. Là, ce sera un film où il ne se passe rien: c'est du non-art, de l'anti-art", dit-il, convoquant Fluxus ou Andy Warhol et son film dans lequel l'artiste américain dormait pendant 24 heures d'affilée.

- "faire de ma vie un vide" -

"Avant le cinéma racontait des histoires, maintenant tout le cinéma vous montre la réalité comme elle est (...) Ca commence à m'intéresser car j'ai 83 ans, donc je me suis dit, il faut que je me décide de faire de ma vie un vide", ajoute-t-il.

Autour de lui, des oeuvres à la pelle, créées pour l'occasion ou tirées de la collection de Ben, font écho à son art des citations: Alain Snyers et ses caisses de tissus de mensonge, Michel Rabanelly dit "Raba" et ses assiettes siglées.

Il y a aussi des célébrités comme le coin-salon de Robert Combass, avec table, chaises, tableau et tapis reconnaissables à leur intensité colorée, et une pièce de Yoko Ono. Mais aussi des créateurs en devenir, comme Anne-Laure Wuillai et ses sachets de mer Méditerranée sur présentoirs ou en caddie.

Comparable à la Friche de la Belle de Mai à Marseille, "Le 109" a commencé il y a dix ans par l'installation du collectif d'art contemporain La Station, atterrie après une longue pérégrination sur cette friche de 18.000 m2 dont beaucoup d'artistes rêvaient dans une ville où la pression foncière reste énorme.

Encore peu structuré, ce site alternatif a vocation d'accueillir des programmations variées, musiques actuelles, expositions, conférences, la compagnie de danse Antipodes, les ateliers de marionnettes du Théâtre de la Massue, le Forum d'urbanisme et d'architecture, l'Entre-Pont qui fédère une trentaine d'associations de spectacle vivant, d'art numérique, le Syndicat des architectes de la Côte d'Azur, 29 ateliers municipaux de plasticiens, la salle de concert rock Frigo 16, un festival électro.

Dans la grande halle, Ben s'est servi d'une estrade jaune pour une installation évoquant le conseil de sécurité de l'ONU: "Je crois beaucoup à la survie, à moins qu'une planète ne nous tape dessus".

Partout aux murs, ses questions interpellent le visiteur, en forme d'intitulé de sujets du bac philo: "Y a-t-il des limites au nouveau?", "Le nouveau est-il toujours nouveau?", "Que faites-vous ici?".

Il s'amuse: "Peut-être que je suis un peintre raté qui avait envie de faire des études et n'a pas réussi, et qui continue à se poser des questions comme s'il allait à l'école".

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