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A Busan, le premier festival du film d'Asie veut à nouveau parler cinéma

Un film sur la réunion des membres d'une famille nord-coréenne sera projeté jeudi dans la localité sud-coréenne de Busan en ouverture du plus grand festival de cinéma d'Asie, le Biff, qui cherche lui aussi à se retrouver après les années de scandales.

Le Festival international du film de Busan (Biff), deuxième plus grande ville de Corée du Sud, a en effet été une victime collatérale de la politique très controversée de l'ex-présidente sud-coréenne Park Geun-Hye, qui a fini par être destituée en 2017 pour corruption puis condamnée à 25 ans de prison.

Pour avoir projeté en 2014 "Diving Bell", le Festival avait vu ses subventions fondre et été la cible d'enquêtes et d'audits en cascade. Le documentaire fustigeait sans concessions la gestion par le gouvernement et l'inefficacité des secours lors du naufrage du ferry Sewol qui avait fait 304 morts, dont 250 lycéens.

Lors de la dernière édition, en 2017, Mme Park n'était déjà plus au pouvoir depuis sept mois, mais le traumatisme demeurait vif en raison des ingérences d'un ancien gouvernement qui n'avait pas hésité à établir une "liste noire" de près de 10.000 artistes critiques, comme aux pires heures de la dictature.

Pour les organisateurs, la 23e édition, du 4 au 13 octobre, doit vraiment être celle de la renaissance.

"Cette édition du festival est une réunion", explique Lee Yong-kwan, président du comité d'organisation du Biff. "C'est celle de la relance, celle où l'on renoue avec notre statut."

- "Grande variété de cultures" -

Et pour l'ouverture, dans ce contexte, le Biff n'aurait pu trouver d'oeuvre plus à propos que "Beautiful Days" du Sud-Coréen Jero Yun, qui traite de la réunion de membres d'une famille nord-coréenne après que la mère eut fui vers le Sud.

"Nous espérons redevenir cette année cet endroit qui rassemble les cinéastes", a expliqué de son côté Nam Dong-chul, un des responsables de la programmation du festival.

Au total, 323 films de 79 pays seront projetés, dont 115 en première mondiale.

L'industrie cinématographique locale sera à nouveau en force sur le tapis rouge jeudi, avec la venue annoncée de la star Lee Na-young, vedette du film qui fait l'ouverture, ou encore de l'actrice Moon So-ri, à l'affiche de "Ode to the Goose", le nouveau long-métrage de Zhang Lu.

Comme chaque année, le cinéma asiatique se taille la part du lion dans la programmation. On y verra bien sûr des films sud-coréens, chinois, japonais ou indiens, mais aussi des productions plus confidentielles, comme "The Red Phallus" du Bhoutanais Tashi Gyeltshen.

Le réalisateur malaisien Zahir Omar, dont le thriller "Fly By night" fera sa première mondiale, a vécu quelque chose d'"invraisemblable" quand il a appris que le plus grand festival d'Asie l'avait pour la première fois sélectionné.

"Dire que c'est un énorme événement est un euphémisme", confie-t-il.

"Beaucoup de festivals internationaux snobent les efforts (des réalisateurs asiatiques), mais le Biff est devenu un festival auquel nous pouvons tous prétendre à un moment ou à un autre".

Le Festival s'en va aussi explorer les oeuvres américaines et européennes, avec notamment "La Chute de l'empire américain" de Denys Arcand, "Buy me a gun" de Julio Hernandez Cordon ou encore "Loro" de Paolo Sorrentino.

Le cinéma français est encore très représenté avec les projections prévues, entre autres, de "Plaire, aimer et courir vite" de Christophe Honoré, "Doubles vies" d'Olivier Assayas, "En guerre" de Stéphane Brizé ou "En liberté!" de Pierre Salvadori.

"Ce qui fait le caractère unique du film est qu'il représente une très grande variété de cultures et de cinéastes", a expliqué le réalisateur hongkongais Yuen Woo-ping, qui présente son film d'action "Master Z: The Ip Man Legacy".

Le compositeur japonais Ryuichi Sakamoto, lauréat de l'Oscar de la meilleure musique de film en 1988 pour "Le dernier empereur", sera récompensé par le Prix du cinéaste asiatique de l'année.

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