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A Detroit, la nuit de "Motown" renaît de ses cendres

A Detroit, la nuit de
Le John Douglas Quartet performs en concert à Detroit le 12 janvier 2018JEFF KOWALSKY

Berceau de la musique "Motown" et techno, Detroit retrouve cinq ans après sa faillite sa scène musicale, revigorée par une vague de clubs et de bars sur laquelle veut surfer Aretha Franklin, la reine de la Soul.

Du quartier de Corktown, derrière la grande gare, à Downtown, le nerf des affaires, en passant par Midtown poussent comme des champignons boîtes, bars et restaurants mélangeant héritage musical de "Motor City" et sa nouvelle et bouillonnante créativité.

Des concepts nouveaux tels des "pop-up" restaurants (éphémères) dans des bars cohabitent avec le traditionnel "Live Music" bar, qui brasse différents genres musicaux, allant du rock, pop, dance, hip-hop, jazz, funk et folk, rappelant l'influence de la ville sur les musiques actuelles.

"Detroit est en plein boom", s'enthousiasme Troy Ramroop, propriétaire de The Grasshopper Underground, une boîte électro située à Ferndale dans le prolongement de la ville, ayant révélé bon nombre de DJ à la mode.

Il explique qu'il y a encore peu de temps les noceurs de l'Etat du Michigan devaient se rendre à Chicago ou à New York pour faire la fête. "Mais maintenant il suffit de conduire 20 minutes".

"Il y a de la musique partout en ville, et de la bonne musique", confirme Shari Staples, une mélomane rencontrée, en ce mardi soir de janvier frileux, au Northern Lights Lounge, un club du centre-ville où se produit Dennis Coffey, un des guitaristes des Temptations, emblématique groupe ayant fait les beaux jours du label "Motown" dans les années 60 et 70 avec des chansons "Soul".

"La musique a toujours fait partie de l'ADN de Detroit", assure à l'AFP le musicien.

Sollicitée par la société Bedrock Real Estate, Aretha Franklin veut y ouvrir son propre club. Le projet de l'interprète de "Respect", née à Detroit, est encore au stade embryonnaire, selon une source proche du dossier.

- Rues éclairées -

On est loin du désespoir qui s'était abattu sur la ville au lendemain de la faillite historique de 2013, à cause d'une dette colossale de plus de 18 milliards de dollars.

Detroit ressemble musicalement de nouveau à la ville célébrée par Jack Kerouac dans "Sur la route", roman sur la contre-culture, et celle ayant révélé, via le label Motown Records, première maison de disques afro-américaine, Stevie Wonder, les Jackson 5, Marvin Gaye ou Diana Ross & The Supremes.

Pour y parvenir, la municipalité et le milliardaire américain Dan Gilbert, propriétaire de l'équipe de basketball des Cleveland Cavaliers, ont entrepris des travaux d'Hercule pour rénover le centre-ville, et y attirer des banques telle JPMorgan et convaincu Twitter, Microsoft, Nike et Whole Foods de s'y installer.

Un tramway circule; des immeubles résidentiels se multiplient; la plupart des rues sont éclairées et des caméras de surveillance, dont certaines sont connectées directement aux commissariats, ont été installées.

Conséquence: l'exode des populations a ralenti et les crimes ont diminué. D'après la mairie, le nombre d'homicides est tombé en 2017 à son plus bas en 51 ans.

La municipalité a mis en place un programme d'aides financières aux petites entreprises et créé une unité spéciale dont la mission est de favoriser l'éclosion de l'économie de la "nuit".

"Vous ne pouvez avoir une ville prospère si les gens vont au travail et ensuite rentrent chez eux", dit Aaron Foley, chargé par la mairie de "vendre" Detroit.

- Eglises transformées en clubs -

"Il y a de plus en plus de monde qui habite ici à +Midtown+; des gens avec de solides revenus. Nous affichons (ainsi) complet", confie Zach Tocco, responsable commercial du Majestic Theater, salle de concert mythique d'une capacité de 1.100 places ayant accueilli Jimmy Cliff, Fela Kuti ou encore Patti Smith.

Malgré une forte fréquentation à ses soirées, Troy Ramroop, en quête d'un local pour ouvrir son deuxième club, dit "survivre".

"Nous avons réduit nos coûts où nous pouvions, maintenant nous survivons", explique cet immigré sud-américain.

Graeme Flegenheimer, 26 ans, veut lui marquer la scène culturelle locale de son empreinte, en soutenant les artistes. Il travaille sur un projet visant à transformer sporadiquement musées et églises en clubs.

"Aux Etats-Unis il n'y a pas de financement public de la culture comme en France ou au Danemark", déplore cet ancien publiciste, qui a quitté Los Angeles pour monter El Club, un espace connu pour sa programmation pointue et ses jeunes rockers.

Le "pape du trash" et réalisateur provocateur John Waters (Pink Flamingos, Hairspray...) y a fêté son 71e anniversaire en avril dernier.

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