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A La Havane, les oeuvres d'art prennent le soleil face à la mer

Un traineau doré couvert de babioles en tout genre: c'est l'oeuvre du Cubain Enrique Martinez Celaya, qui participe comme une soixantaine d'artistes de neuf pays à une grande exposition en plein air sur le Malecon, le célèbre boulevard côtier de La Havane.

Tous ces artistes ont été invités à participer à "Detras del muro" (Derrière le mur), l'événement-phare de la Biennale de La Havane (12 avril - 12 mai) qui voit les quais de la capitale cubaine se remplir d'oeuvres d'art sur plus d'un kilomètre.

Mais pour Enrique, 54 ans, l'événement a une signification personnelle: il revient à La Havane après presque 50 ans d'absence. Et son oeuvre, "Le traineau", raconte aussi cela. C'est "une projection absurde d'un traineau fait avec des bouts de mémoire, d'histoires", confie-t-il à l'AFP.

Né à Cuba, il a émigré à l'âge de sept ans et, après avoir vécu en Espagne et à Puerto Rico, il s'est installé aux Etats-Unis, pour étudier la physique moléculaire puis devenir artiste.

Face à la mer Caraïbe, les oeuvres prennent le soleil et les passants - des Cubains mais aussi de nombreux touristes venus pour l'occasion - découvrent, parfois incrédules, souvent amusés, le travail de chaque artiste. Enrique, lui, redécouvre sa ville.

"Je reconnais des choses (que m'a racontées) ma famille", dit-il, conscient que ce retour éphémère au pays va le marquer. "Je vais réfléchir au sens de cette visite pendant des mois".

- Ludique et interactif -

A quelques mètres de là, d'autres oeuvres affichent un côté nettement ludique... voire interactif: au milieu des images d'hommes agrippés à des paniers de basket - un projet du duo espagnol Martin y Sicilia -, un vrai panier a été installé et des enfants cubains s'en donnent à coeur joie pour lancer le ballon.

Plus loin, des tuyaux colorés, formant un cercle au sol, s'offrent aux passants pour se rafraîchir en s'arrosant face à la chaleur exténuante.

Parmi les artistes invités à envahir le Malecon se trouvent notamment Laurent Grasso (France), Grimanesa Amoros (Pérou/Etats-Unis), José Davila (Mexique) et Per Inge Bjorlo (Norvège), ainsi que des Cubains reconnus comme Pedro de Oraa, Pedro Pablo Oliva et Roberto Fabelo.

Le reste de la Biennale, à laquelle participent 800 artistes dont 300 étrangers, se déroule dans des musées, galeries et centres culturels.

Exposer en plein air, c'est une idée qui a surgi en 2012, lors d'une conversation intime avec la mer, assure à l'AFP le directeur de Detras del muro, Juan Delgado.

"J'ai dit à la mer: nous allons faire quelque chose pour que tu sois heureuse et cette conversation entre la mer et moi m'a beaucoup plu, car nous sommes arrivés à des réflexions, des accords merveilleux, et c'est ça, l'art", raconte-t-il.

- Le "sofa" -

Le Malecon est un lieu chéri des habitants de La Havane: pas seulement une avenue pour se promener et admirer les vagues, mais aussi un endroit où l'on vient s'asseoir, discuter entre amis autour d'une bouteille de rhum et d'une guitare, où les amoureux se retrouvent... Les Havanais lui donnent le surnom affectueux de "sofa".

Et, sur cette île socialiste où l'accès à l'art pour tous a toujours été une priorité, l'éclosion d'art contemporain sur le Malecon suscite l'enthousiasme des habitants.

Un groupe de jeunes s'amuse ainsi à se photographier face à un mur gris où des silhouettes humaines, peintes en noir, semblent s'envoler, sous d'immenses visages qui rient ou pleurent.

C'est signé Suso33, graffeur espagnol qui a voulu ainsi contribuer aux 500 ans que La Havane fêtera en novembre et au thème de la Biennale: la construction du possible".

"Il n'y a pas de ville sans les personnes (qui l'habitent), donc pour moi les personnes sont plus grandes que les villes, ce sont les personnes qui les rendent grandes", explique-t-il.

Dans cette oeuvre, "les personnes vont et viennent, certaines sont tout près, d'autres loin, certaines se réjouissent, d'autres se mettent en colère et pleurent, c'est le langage universel des émotions".

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