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A près de 70 ans, Forsythe revient régénérer la danse classique via le hip-hop

A près de 70 ans, Forsythe revient régénérer la danse classique via le hip-hop
Le chorégraphe américain William Forsythe lors d'une conférence de presse, le 2 juillet 2019 au Festival Montpellier DanseSYLVAIN THOMAS
danse

A près de 70 ans, après une pause de quelques années, l'Américain William Forsythe revient en chorégraphe indépendant se jouer des codes du classique pour mieux les régénérer, via un dialogue fructueux avec le hip-hop.

En présentant mardi au festival Montpellier Danse "A quiet evening of dance" (Une tranquille soirée de danse), sa dernière pièce issue de ce métissage jouée jusqu'à vendredi à l'Opéra Comédie de Montpellier, Forsythe assure vouloir continuer à décortiquer la danse classique "parce que c'est tellement difficile, c'est un véritable défi".

"Les questions qui m'intéressent ont évolué au fil du temps, avec l'expérience et les compétences que j'ai acquises", dit cet éternel jeune homme, portant casquette et lunettes rondes.

Né en 1949 à New York, Forsythe est un surdoué de la danse: nourri aussi bien par Broadway que par la danse basée sur les émotions de Trisha Brown, il est un admirateur du Russe Georges Balanchine, qui a modernisé le style classique au sein du New York City Ballet.

Après des débuts au Ballet de Stuttgart alors à son apogée, Forsythe devient à 35 ans, en 1984, directeur artistique du Ballet de Francfort, où il restera 20 ans. Il crée ensuite sa propre compagnie, dont il a laissé les clefs à un de ses danseurs-chorégraphes en 2015, entamant alors une période d'éclipse et de prise de recul.

Aujourd'hui revenu en indépendant à la chorégraphie avec une énergie et une liberté décuplées, Forsythe avoue un perfectionnisme infini. "Je n'ai jamais vraiment terminé un travail", souligne-t-il, citant l'exemple d'Artifact, une pièce qui a révolutionné la danse, commencée en 1984 et qu'il continue à faire évoluer.

- Inventif et jouissif -

Dans son processus de création, les philosophes Jacques Derrida, Gilles Deleuze et Michel Foucault ont été "des mentors". L'analyse du mouvement de l'Allemand Rudolf Laban a également été "essentielle", tout comme la musique qui est pour lui un espace de "réflexion" et de "construction".

Lorsqu'on lui demande si la politique influe sur ses créations, Forsythe devient soudain sérieux et lance: "je ne suis pas particulièrement inspiré par la maladie mentale... Ce n'est pas un sujet de plaisanterie". Avant d'ajouter: "Vous avez compris que je parle de Donald Trump?"

C'est plutôt une nouvelle génération de danseurs qui semble donner à son travail un nouvel élan. Il avoue en riant chercher à "créer la confusion" chez ses étudiants et travailler avec bonheur avec des danseurs "qui ont de 17 à 34 ans, une génération plus jeune que mes propres enfants!". Considérant les danseurs comme de véritables partenaires dans la création et non de simples interprètes, il "essaie d'imaginer ce que leurs parents espéraient pour eux" et "ce qui les fait bouger dans tous les sens du terme".

C'est au contact de ces jeunes que Forsythe s'est tourné vers le hip-hop, dans lequel il a trouvé "de nombreuses similitudes" avec la danse classique, au niveau des fondements, de la philosophie et de la géométrie. "Le ballet et le hip-hop sont liés par une grille tridimensionnelle et géométriquement normative", explique-t-il.

Dans la pièce présentée mardi soir, Forsythe plonge le danseur de hip-hop Rauf Yasit, dit "Rubberlegz" ("jambes élastiques"), au milieu de six danseurs virtuoses, vieux complices du chorégraphe dans la relecture contemporaine des codes classiques, comme Jill Johnson et Christopher Roman.

"Nous n'essayons pas de coloniser le hip hop", résume Forsythe. "Nous disons simplement: +peut-on discuter?+".

Sur scène, ce dialogue teinté d'humour relevant parfois de la contorsion, apparait inventif et jouissif. Avec tout l'art du paradoxe de Forsythe, cette "tranquille" soirée entamée avec pour seule musique des chants d'oiseaux et terminée sur du Jean-Philippe Rameau Grand siècle, reprend les codes classiques - buste droit à l'extrême, bras en couronne, pointes... Tout en s'en moquant avec affection et radicalité afin d'inventer une nouvelle écriture chorégraphique qui repousse encore les limites du corps.

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