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A Rio, une exposition queer "interdite" rouvre ses portes

Sous haute protection et grâce à une campagne de financement participatif, la "Queermuseu", exposition consacrée à la diversité sexuelle, rouvre samedi ses portes à Rio de Janeiro, plus d'un an après la campagne des groupes conservateurs qui avait entraîné sa fermeture.

En 2017, la "Queermuseu" devait avoir lieu d'août à octobre, dans un musée de Porto Alegre (sud).

Mais la banque espagnole Santander, organisatrice de l'événement, avait décidé d'y mettre fin dès la mi-septembre, sous la pression d'une campagne menée par des groupes conservateurs qui l'avaient accusée de mettre en valeur la "pédophilie" et la "zoophilie", tout en dénigrant le christianisme.

Outre Jésus représenté par un singe, voire avec une multitude de bras, comme le dieu hindou Shiva, on pouvait y admirer des hosties avec les inscriptions "cul" et "vagin" peintes en rouge.

Des portraits de jeunes garçons dans des poses efféminées et des scènes de sexe entre deux hommes et un chien avaient aussi mis le feu aux poudres.

Le monde de la culture, la gauche et les milieux artistiques avaient alors crié à la censure de l'art dans ce pays encore marqué par les années de plomb de la dictature militaire (1964-1985).

C'est encadrée par une vingtaine d'agents de sécurité et surveillée par des caméras que l'exposition "interdite" doit rouvrir ses portes à partir de samedi.

Réunissant plus de 200 oeuvres de 82 artistes brésiliens renommés, tels que Adriana Varejhao, Alair Gomes, Alfredo Volpi ou Candido Portinari, la "Queermuseu" sera accessible gratuitement durant un mois à l'Ecole des arts visuels (EAV) située dans un élégant palais niché au coeur du parc Lage, qui déborde de végétation tropicale.

Plus d'un million de réais (quelque 225.000 euros) ont ainsi été récoltés grâce à une campagne de financement et à un concert de charité de Caetano Veloso, un des monstres sacrés de la musique brésilienne.

- "Menace de mort" -

Fabio Szwarcwald, le directeur de l'EAV, explique n'avoir reçu qu'une vingtaine de mails opposés à l'exposition, loin des centaines de courriers électroniques et de la "menace de mort" adressés au MAR (Musée d'Art de Rio), un temps pressenti pour accueillir l'exposition en 2017.

"Nous ne sommes pas très inquiets face au risque d'agressions car depuis le début de cette campagne, tout a été complètement différent de ce qui s'est passé au MAR", déclare M. Szwarcwald.

"C'est un moment très important pour la démocratie brésilienne, un geste fort qui démontre que les secteurs les plus progressistes de la société n'acceptent pas la censure (...) car un acte de censure de cette importance et cette gravité n'avait pas été vu depuis la dictature", a déclaré jeudi le conservateur de l'exposition Gaudencio Fidelis lors d'une conférence de presse.

Un panneau prévient néanmoins les visiteurs que l'exposition est déconseillée aux mineurs de 14 ans et qu'elle contient des scènes de nu.

En parallèle, des débats sur la diversité ou les droits de la communauté LGBT ainsi que des spectacles d'artistes "queer" sont prévus.

"Nous nous attendons à un énorme succès auprès du public mais pas à cause de la polémique. Les gens verront qu'il s'agissait d'idées reçues, d'une fausse polémique. La société va voir par elle-même quelle est la vraie nature de cette exposition", espère M. Fidelis, le conservateur.

La campagne qui a fait pression l'an dernier sur la banque Santander a été menée par le Mouvement Brésil Libre (MBL), très présent en 2016 lors de grandes manifestations qui avaient réuni des millions de personnes pour réclamer le départ de la présidente de gauche Dilma Rousseff.

Cette fois, le MBL a promis de rester tranquille, car il s'agit de fonds privés.

"Ils prient pour que le MBL fasse quelque chose car si nous n'attirions pas l'attention dessus, personne n'irait voir cette cochonnerie", a déclaré à l'AFP Renan Santos, un des fondateurs du MBL.

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