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A Saint-Etienne, "Double Je" sublime la donation exceptionnelle de deux galeristes

 
 

Le musée d'art moderne et contemporain (MAMC) de Saint-Étienne propose jusqu'au 18 septembre 2022 une exposition intitulée "Double Je" pour valoriser la donation "exceptionnelle" d'un couple de galeristes parisiens passionnés d'art.

Les œuvres offertes par Liliane et Michel Durand-Dessert sont présentées aux côtés de pièces appartenant au musée, sur un espace de 1.000 m2, dans neuf salles du nom des neuf muses inspiratrices des arts de l'antiquité.

"C'est une donation exceptionnelle de 187 œuvres, la troisième plus importante au musée depuis sa création en 1987", se félicite la directrice du MAMC, Aurélie Voltz.

La sélection, qui réunit une cinquantaine d'artistes, reflète différents mouvements de la création des années 1960 aux années 1990, de l'art conceptuel à la photographie plasticienne en passant par l'abstraction radicale. Et dans de multiples disciplines: peinture, sculpture, photographie, dessin, gravure, art postal.

Le titre de l'exposition, "+Double Je+, fait référence aux deux figures de ce couple de marchands d'art atypiques" mais également à la dualité de certaines œuvres, explique Alexandre Quoi, le commissaire de l'exposition.

Présents à Saint-Étienne pour la présentation de l'événement la semaine dernière, les Durand-Dessert se présentent comme des passionnés d'art "totalement autodidactes", se fiant à leur "intuition". Aujourd'hui âgés de 77 et 76 ans, ils ont fermé leur galerie en 2004.

"Leur regard aiguisé et singulier sur l’art de leur temps a permis de rassembler une magnifique collection personnelle, aussi ouverte qu’exigeante", selon le MAMC.

Lui a commencé sa carrière dans la publicité avant de se lancer dans une thèse sur les dessins humoristiques de l'artiste iconoclaste Marcel Duchamp (1887-1968).

Elle était agrégée de littérature et a publié une thèse sur le poète Lautréamont (1846-1870). Les deux érudits se rencontrent en 1972 par l'entremise du peintre Bernard Rancillac.

En 1975, leur attrait pour l'art les pousse à ouvrir une galerie à Paris: "nous avons d'abord vivoté pendant une dizaine d'années, mon salaire d'enseignante passait entièrement dans la galerie", se rappelle Liliane Dessert.

- "Engagement visionnaire" -

"Quand nous avons commencé à gagner un peu d'argent, nous avons acheté des pièces d'artistes", dit-elle, évoquant le soutien décisif du musée de Saint-Étienne et de son ancien directeur Bernard Ceysson.

L'établissement stéphanois avait acquis plusieurs œuvres de la galerie et exposé des artistes promus par le couple. Et à travers cette donation, les Durand-Dessert entendent plus généralement rendre hommage aux musées de province.

Comme le souligne la présentation du musée, leur "engagement visionnaire" les a conduits à s'intéresser très tôt à des artistes allemands comme Richter ou Beuys, anglais comme Tremlett, ou français comme Garouste. Sans oublier leur infaillible soutien à l'Arte povera italien, à une époque où il n'avait pas les faveurs des collectionneurs.

C'est d'ailleurs une œuvre de ce mouvement, Occhio di Dio (l’œil de Dieu) de Luciano Fabro, qui ouvre l'exposition: un triangle en acajou poli repose sur des baguettes dorées, rappelant les tuyaux d'orgues.

Plus loin, une huile sur toile de Gerhard Richter, représentant un crâne, côtoie un autre crâne, en plâtre celui-ci, du XVIIe siècle, appartenant au MAMC.

Dans une salle dédiée à la figuration, un grand format de John Hilliard -utilisé pour l'affiche de l'exposition- imprimé en violet montre deux figures de sexe indéterminé se faisant face, tel un fantôme et son ombre, tenant chacune une torche dont les faisceaux se rejoignent au centre.

Une autre salle est entièrement consacrée à la passion la plus récente du couple, les objets ethnographiques.

Quarante-cinq œuvres d'art précolombien, en majorité de la civilisation olmèque, sont présentées, accompagnées de dessins contemporains de Victor Brauner, peintre surréaliste très inspiré par l'iconographie précolombienne.

L'exposition s'achève par un focus photographique, avec "l'album de la famille D." une œuvre monumentale produite en 1971 par le plasticien Christian Boltanski, dans les prémices de sa renommée mondiale.

L'artiste s'interroge sur la photo amateur, en tentant de reconstituer par ordre chronologique des dizaines de clichés en noir et blanc d'un album de famille confiés à l'époque par un ami: Michel Durand lui-même.


 




 

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