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Agnès Clément, virtuose au sommet de la harpe

Agnès Clément, virtuose au sommet de la harpe
La harpiste Agnès Clément au festival de la Chaise-Dieu le 26 août 2018Thierry Zoccolan

Du bout de ses doigts d'or, elle caresse les sommets. Passionnée de montagne, Agnès Clément est une harpiste surdouée qui a remporté les prix les plus prestigieux liés à son instrument, qu'elle pousse toujours plus haut.

L'instrumentiste de 28 ans, qui se partage entre sa carrière internationale de soliste et son engagement avec l'Opéra royal de La Monnaie à Bruxelles, était de retour sur sa terre natale en Auvergne au 52e festival de la Chaise-Dieu, pour une programmation autour de Claude Debussy et d'André Caplet.

Cette native du Puy-en-Velay a découvert la harpe à l'âge de sept ans lors de journées portes ouvertes au conservatoire de Clermont-Ferrand. Avec comme seul impératif : ne pas choisir le même instrument que le reste de fratrie.

Car, chez les Clément, la musique se vit en famille : un père organiste, une mère qui pratique le hautbois, un frère le cor et quatre autre soeurs, également musiciennes professionnelles, qui jouent du violon, du violoncelle, de la contrebasse et de la viole de gambe. Ensemble, ils ont formé un orchestre familial reconnu, le Concert Clément, qui sillonne chaque été la France.

"J'ai tout de suite été emballée par cet instrument charnel qu'on pose contre son corps, que l'on enlace de ses bras pour mieux sentir les vibrations", se souvient la jeune femme aux cheveux blonds.

Pourtant, l'enfant d'alors apprécie fort peu l'instrument en concert. "Cela ne me branchait pas; le son me paraissait agressif, brutal. Ce n'est qu'au fil de mes études que j'ai découvert des interprètes qui donnaient un son chaleureux, vivant et envoûtant", continue Agnès Clément, dans un franc sourire.

Et de tordre le coup au cliché réservé à la harpe, celui d'un instrument de salon. "Il ne faut pas restreindre la harpe à son image délicate et romantique. Ce n'est qu'une facette de l'instrument. Avec les harpes modernes, on a énormément de puissance et de possibilités, un volume sonore comparable à celui du piano", assure la soliste qui aime à pincer les cordes devant une partition pour piano de Franz Liszt.

"La harpe en elle même n'a pas un son envoûtant. Il faut le créer grâce à un travail de pression de la pulpe - l'extrémité charnue - des doigts. C'est très physique", souligne la jeune femme qui fut formée au Conservatoire national supérieur de musique de Lyon, où elle obtient à 22 ans la plus haute distinction, première d'une longue liste de récompenses.

- "Casse-cou" -

Après un premier prix au très renommé concours international de harpe des Etats-Unis en 2010, elle remporte en 2016 le Premier prix du Concours international de musique de l'ARD à Munich.

Chose rare, elle décroche aussi le Prix du public et le Prix de la meilleure interprétation de l'oeuvre contemporaine dans ce même concours considéré par les spécialistes comme les "Jeux Olympiques de la musique classique".

La préparation du concours fut pour elle l'occasion d'expérimenter une méthode d'apprentissage novatrice basée sur la simulation digitale.

Telle une sportive de haut niveau, Agnès Clément décortique et apprend visuellement pendant des heures chaque déplacement de ses doigts, mesure par mesure.

"Quand je me suis retrouvée face à la harpe, mes doigts savaient immédiatement où aller et quoi faire, alors que je n'arrivais pas parfois à apprendre certaines variations. J'étais capable de jouer par coeur et à la vitesse virtuose, sans contrainte technique", s'émerveille-t-elle encore.

Une virtuosité qu'elle la tire également ... de l'escalade. "Cet été, j'ai fait un sommet de 3.000 mètres dans les Dolomites, en Italie après un concert, c'était magique", avoue cette "passionnée de la montagne", volontiers "casse-cou".

"Tous les musiciens bondissent quand je dis je pratique ce sport qui peut abîmer les mains mais, en fait, l'escalade me fait beaucoup de bien. En jouant, la puissance va venir d'un point entre les omoplates qui va faire que le son s'ouvre et se propage. Cela me donne une confiance décuplée en moi, en mon corps", ajoute Agnès Clément.

Après la création d'un opéra contemporain et la sortie d'un second album solo, elle sera dans les prochains mois en tournée en Europe et aux Etats-Unis.

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