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Aller aux concerts de Cantat? Le dilemme des fans de Noir Désir

Aller aux concerts de Cantat? Le dilemme des fans de Noir Désir
Bertrand Cantat sur scène à La Rochelle, le 1er mars 2018XAVIER LEOTY

Dans les années 90, ils allaient ensemble aux concerts de Noir Désir. Aujourd'hui, le cas Bertrand Cantat divise ces deux fans de la première heure: Benoît n'a pas hésité à prendre son billet quand Laurent n'a plus envie d'applaudir le chanteur, attendu jeudi au Zénith de Paris.

Le dilemme de ces deux Nantais résume celui de nombreux fans de "Noir Dez", dont le chanteur, condamné pour le meurtre de Marie Trintignant en 2003, suscite la polémique, des féministes lui reprochant de "reprendre sa carrière, redevenir une vedette comme si de rien n'était".

- "Comme retrouver un vieil ami" -

Benoît Terrien, 42 ans, éducateur, est allé au concert de Bertrand Cantat mardi à Nantes.

"J'avais pris ma place dès la mise en vente, en fin d'année. J'avais envie de continuer à voir ce qu'il donnait sur scène en solo. J'étais déjà allé le voir en 2014 avec son groupe Détroit. J'avais aimé parce qu'on retrouvait une veine Noir Désir.

C'est après coup, que je me suis posé des questions, quand il y a eu l'annulation de ses concerts dans certains festivals. Je me suis interrogé, pourquoi est-ce que j'y vais? Je peux comprendre que des gens n'aient plus envie de le voir sur scène. En ce qui me concerne, c'est très personnel, c'est mon petit plaisir. Les paroles résonnent parfois différemment aujourd'hui, mais je recherche toujours sa poésie.

On nous oblige à choisir un camp. Je veux bien qu'on ne soit pas d'accord, mais parfois trop c'est trop. Je ne veux pas être obligé de me justifier: j'ai envie de voir ce qu'il fait, d'écouter sa musique, de voir comment il a évolué.

Je ne défends évidemment pas ce qu'il a fait, mais je n'accepte pas qu'on en fasse un symbole parce c'est une personne publique. Il a purgé sa peine, il faut qu'il puisse passer à autre chose.

Mardi soir, c'était un super concert, avec une salle pleine, avec autant de femmes que d'hommes dans le public. C'était comme retrouver un vieil ami, qu'on n'a pas vu depuis longtemps et à qui, même s'il a fait une connerie, on tend les bras.

Il était heureux d'être là, les gens étaient heureux de le voir. J'étais venu pour vivre un tel moment".

- "Quelque chose ne collait plus" -

Laurent Pétard, 41 ans, développeur en informatique

"Noir Désir, je les ai vus quatre fois sur scène dans les années 90. J'aimais l'énergie que le groupe transmettait, sur disque mais surtout sur scène. Le dernier album (sorti en 2001) m'avait déjà beaucoup déçu, mais c'est un groupe que j'aurais continué à suivre.

Vilnius (où Marie Trintignant est morte sous les coups de Bertrand Cantat en 2003, ndlr), cela a vraiment été un choc. Au départ, il y a le bénéfice du doute, on se dit que c'est peut-être un accident, et puis peu à peu on apprend les choses, d'autres choses sont remontées après, le suicide de son ex-femme... Tout cela a contribué à montrer un autre personnage, avec quelque chose de pas sain, une violence.

Je ne m'étais jamais intéressé à sa vie privée, mais là, on n'a pas eu le choix.

C'était une idole pour le lycéen que j'étais, quelqu'un que j'admirais vraiment, je me suis intéressé à la poésie grâce à ce qu'il écrivait. Cela a été une grosse déception de voir qu'il pouvait réagir de manière violente, surtout envers des femmes.

Ma réaction a été de m'en désintéresser totalement. Pour moi, toutes ses prises de position, politiques notamment, cela perdait totalement de son sens, quelque chose ne collait plus.

Pendant longtemps, j'ai arrêté d'écouter Noir Désir. Ce n'était pas conscient mais je n'avais juste plus envie. Je n'ai pas écouté ses albums avec Détroit ni en solo.

En revanche, je suis contre les manifestations devant les salles, vouloir interdire ses concerts ce n'est pas normal. Il peut en refaire, ça m'est égal. Ce serait juste bien qu'il ne s'affiche pas trop en une des médias, comme dans les Inrocks l'an dernier, qu'il reste discret".

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