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Ambronay, au diapason du baroque depuis 40 ans

Il est plus facile de situer Ambronay sur une carte quand on joue du clavecin, du luth ou de la viole de gambe: cette bourgade de l'Ain est devenue, en 40 ans de festivals, un des hauts lieux de la musique baroque.

A l'origine, ce sont trois concerts organisés sur un coin de table, en 1980, par une poignée de copains qui voulaient mettre en valeur l'abbaye médiévale de la commune, tombée en désuétude. Fans de musique ancienne, ils s'aperçoivent que l'acoustique de l'église, joyau d'art roman, sublime voix et instruments.

"C'est devenu rapidement un lieu où il fallait venir", abonde Daniel Bizeray, actuel directeur du festival, qui a succédé en 2013 à l'historique Alain Brunet - trois décennies à la baguette.

Les grands maîtres du baroque ne tardent pas, en effet, à trouver le chemin de l'Ain: le Français Jean-Claude Malgoire et l'Américain William Christie dès 1984, l'Espagnol Jordi Savall trois ans plus tard.

Ambronay bénéficie à l'époque d'un climat d'émulation autour du genre, animé par des artistes qui s'attachent à retrouver l'authenticité des œuvres en rompant avec les traditions d'interprétation héritées du 19e siècle.

Cela passe par des formations réduites, des instruments d'époque et l'exploration de pans oubliés du répertoire, dont le festival a fait sa marque de fabrique. "C'est un laboratoire sans égal pour la redécouverte de partitions anciennes", estime le chef d'orchestre argentin Leonardo Garcia Alarcon.

Il en sait quelque chose: en 2010, il a fait un triomphe dans l'abbatiale en ressuscitant le "Déluge Universel" de Michelangelo Falvetti. Cet oratorio exhumé d'une bibliothèque sicilienne n'avait jamais été rejoué depuis la fin du 17e siècle. Programmé depuis à 50 reprises, c'est le best-seller du label d'Ambronay avec 13.000 disques vendus.

- Incubateur -

Ce travail d'archéologie musicale va de pair avec une grande confiance accordée aux jeunes artistes à travers l'Académie baroque européenne, fondée en 1993. Pionnière, celle-ci réunit à Ambronay des élèves sortant du conservatoire autour d'un grand chef et d'une œuvre majeure.

"Le fait qu'un lieu comme ça existe pour les jeunes, c'est extraordinaire", témoigne la mezzo-soprano Stéphanie d'Oustrac, révélée en 1998 à 24 ans par un opéra de Lully, "Thésée", dirigé par William Christie.

La soprano colorature Patricia Petibon était aussi dans l'une des premières promotions de l'Académie, parmi d'autres "stars" qui se produisent aujourd'hui dans le monde entier.

"Repérer de jeunes talents a toujours été l'ADN d'Ambronay", souligne Pierre Bornachot, directeur artistique. "Ce fut un incubateur avant que le mot devienne à la mode", renchérit Daniel Bizeray.

Depuis quelques années, le programme "eeemerging" de soutien aux jeunes formations s'est également développé avec succès. L'ensemble Sollazzo, fondé en 2014 à Bâle (Suisse), a enchaîné sur une résidence à Ambronay avant de devenir artiste associé. Et de décrocher deux "Diapason d'or" pour ses deux premiers disques édités dans l'Ain.

- Filiation -

"Toute cette filiation, toute cette transmission, on la retouve dans le programme cette année", se réjouit Pierre Bornachot.

Compagnons des débuts ou révélations des festivals passés ont répondu présents pour la 40e édition qui débute jeudi, organisée sur quatre week-ends comme les précédentes - près de 19.000 spectateurs sont venus l'an dernier.

Raphaël Pichon, Philippe Jaroussky, les ensembles Les Surprises et Correspondances, Stéphanie d'Oustrac, Christophe Rousset, Leonardo Garcia Alarcon, sans oublier René Jacobs, Jordi Savall et William Christie, signeront une nouvelle fois le livre d'or de l'abbatiale, avec bien d'autres.

Pour le plus grand bonheur du curé, ancien disquaire, qui dispose d'un droit de regard "absolu" sur la programmation, et de la centaine de bénévoles sans lesquels la fête, réglée comme du papier à musique, n'aurait pas lieu dans cette commune de 2.500 âmes.

"C'est quelque chose qu'on attend toute l'année", témoigne Laurence Seguin, une sexagénaire membre de l'équipe depuis 14 ans qui apprécie la proximité, quasi familiale, avec les artistes.

"On est aux petits soins avec eux: recoudre un bouton, garder des enfants, retrouver une partition égarée... Christie, on lui achetait des bonbons Haribo car il adorait ça. Savall c'était le coca, maintenant c'est le thé vert", raconte celle qui a aussi emmené un chef d'orchestre ramasser des truffes.

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