Au Printemps de Bourges, les voix envoûtantes de Jeanne Added et Tamino

Au Printemps de Bourges, les voix envoûtantes de Jeanne Added et Tamino
La chanteuse Jeanne Added en concert au Printemps de Bourges, le 25 avril 2018GUILLAUME SOUVANT

Mercredi à Bourges, il fallait suivre la voix pour que les poils se hérissent : celle, explosive et poignante, de Jeanne Added et celle, envoûtante et à la tessiture infinie, du jeune prodige belge Tamino.

"Le gamin là, c'est un pur sang, on en voit un tous les dix ans des comme lui", entendait-on dans les travées du théâtre Jacques Coeur, à quelques minutes du concert de Tamino, Amir Moharam Fouad de son vrai nom, né à Anvers et dont les origines paternelles sont égyptiennes.

Accompagné d'un batteur et d'un claviériste, on n'a vu que lui à son entrée en scène, où le magnétisme était soudain à son comble. Il n'avait pourtant pas encore chanté ce jeune homme aux faux airs de Louis Garrel.

Quand sa voix s'est fait entendre, les spectateurs sont entrés dans une autre dimension auditive. Grave ou aigüe, elle n'a souffert d'aucune fausse note. Tamino est d'une clarté et d'une maîtrise sidérantes, sans que ce la nuise à l'émotion qu'il procure.

Et non content de faire vibrer comme peu savent le faire ses cordes vocales, il s'est escrimé avec autant de subtilité sur celles de sa guitare électrique. Ou l'art de jouer avec deux instruments à la fois. On pense immédiatement à Jeff Buckley et lui, ça fait vingt ans qu'il n'est plus là...

Ce prodige, avare de mots et de regards envers l'assistance entre les chansons, est aussi un songwriter, dont le premier mini album "Tamino EP" qui contient l'envoutant titre "Habibi" doit sortir le 5 mai. Il passera par La Maroquinerie à Paris le 4 juin.

A quelques encablures du théâtre Jacques Coeur, une poignée d'heures plus tôt, se produisait Jeanne Added dans la salle du Duc Jean, un endroit qu'avait un peu délaissé le Printemps de Bourges ces dernières années.

La chanteuse s'est imposée une scénographie aussi minimaliste qu'immersive : seule au milieu de cette salle où percent à peine les rayons de soleil entre les épais rideaux, elle est cernée par le public, qu'elle frôle parfois dans ses moments de transe.

Armé d'un ordinateur grâce auquel elle lance ses chansons, sa performance ressemble parfois à une messe noire. Et de sa voix puissante jaillit à chaque fois la lumière.

Chez cette interprète qui a débuté par le jazz, avant de se révéler par le rock, notamment avec son album "Be Sensational" (2015), l'élasticité vocale est totale et ouvre le champ des possibles.

Au point de réarranger ses anciens titres, avec des chœurs pour les rendre plus organiques, donc vibrants. Quant aux nouveaux morceaux, trois délivrés à Bourges en avant goût d'un deuxième album à venir en fin d'année, ils laissent entrevoir un univers proche de celui de Bjork, période "Homogenic".

Lionne en cage, sans filet et encore moins de fioritures, ne se cachant pas pour souffler après l'effort consenti à chaque chanson, Jeanne Added a chanté avec ses tripes, elle qui chantait surtout avec son cœur.

Pour son ultime morceau, inédit et au titre non révélé, la lumière fut ! Le soleil a laissé éclater ses rayons derrière les rideaux, offrant un instant suspendu, à l'unisson de cette voix qui résonne encore dans les oreilles bien des heures après.

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