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Blanche Gardin, rire jaune et humour noir

Blanche Gardin, rire jaune et humour noir
Blanche Gardin lors de la cérémonie des César en mars 2018 à ParisPhilippe LOPEZ

L'air innocent, la voix presque hésitante, elle parle de sexe sans filtre, parfois jusqu'au malaise. Estampillée figure de proue d'un humour féminin "cru", la décapante Blanche Gardin est de retour sur scène avec un spectacle très noir qu'elle interdit aux moins de 17 ans.

Dans "Bonne nuit Blanche" -- depuis mi-septembre à Paris (et déjà complet) avant de nouvelles dates dans la capitale et en province courant 2019 -- elle promet qu'elle n'a rien à dire et "pas de cause à défendre".

Une entame en douceur avant d'entrer dans le vif du sujet et de faire le bilan des "débats de l'année dernière". Comprendre affaire Weinstein, mouvement #Balancetonporc, questionnements sur la domination masculine et la notion de virilité.

Des sujets rêvés pour l'humoriste de 41 ans qui n'a pas son pareil pour explorer les zones grises des relations hommes-femmes et n'a jamais peur d'appeler un chat, un chat.

Pendant une bonne heure, elle aborde pêle-mêle l'ouverture récente d'une maison close de poupées sexuelles, la pratique des "dick pic" (des photos de sexe masculin envoyées de manière non sollicitée) et médite sur les différentes insultes homophobes.

Outre ses sorties sur le sexe, Blanche Gardin détonne par son discours aux accents féministes tout sauf consensuel, quand elle suggère que les "porcs", dénoncés depuis l'affaire Weinstein, sont surtout des harceleurs... qui ne plaisent pas aux femmes.

Un texte qu'elle prononce, avec des airs de jeune fille sage, vêtue d'une robe bleue comme si elle s'était échappée d'un cours de harpe (c'est elle qui le dit).

- Fan de Desproges-

Maniant l'autodérision avec brio, la quadra, découverte dans le "Jamel Comedy Club", s'appuie sur sa propre expérience et creuse son sillon de "célibataire sous anxiolytiques" racontant ses moments gênants, comme une coloscopie épique.

Avec cette parole sans filtre, cette inconditionnelle de Pierre Desproges et de Louis C.K, la star américaine du stand up (mis en cause pour des faits de harcèlement sexuel), met ses tripes sur la table et laisse entrevoir une grande noirceur, qui la rend attachante.

Il aura fallu cette année deux cérémonies de récompenses et des blagues bien senties témoignant de l'atmosphère post-affaire Weinstein, pour que le grand public découvre cette humoriste à la verve grinçante.

Aux César, début mars, elle s'était interrogée sur la difficulté de trouver des rôles dès lors que "les producteurs n'ont plus le droit de violer les actrices".

"Est-ce qu'on a encore le droit de coucher pour des rôles? Parce que si on n'a plus le droit, il faudra apprendre des textes, passer des castings et on n'a pas le temps", lançait celle qui a tourné dans une dizaine de films (dont "Problemos" d'Eric Judor).

Trois mois plus tard, rebelote: devant un public hilare, Blanche Gardin s'autoremet le Molière de l'humour (pour son deuxième spectacle "Je parle toute seule", qui a rassemblé plus d'un million de téléspectateurs sur C8 courant septembre).

"Je suis la seule femme nommée, l’année de l’affaire Weinstein... C’est l’histoire de ma vie: le jour où j’ai un prix, il n’a aucune valeur", s'exclame-t-elle. La réplique fait mouche, la vidéo fait le tour des réseaux sociaux.

Depuis, elle préfère laisser ses spectacles parler pour elle, refuse les interviews... et donne tout sur scène.

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