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Cannes: Kore-eda pose ses valises en Corée pour une nouvelle exploration des liens familiaux

 

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Après avoir tourné en France avec Catherine Deneuve, le Japonais Kore-eda a posé ses valises en Corée du Sud et enrôlé la star Song Kang-ho ("Parasite") pour "Les bonnes étoiles", réflexion sur l'adoption et les liens familiaux.

Un nouveau défi pour le réalisateur, Palme d'or 2018 avec "Une affaire de famille". "J'ai conscience qu'avoir un casting aussi prestigieux et d'avoir travaillé avec une équipe technique qui rassemble les meilleurs techniciens du pays, ça peut rendre les réalisateurs coréens probablement un peu jaloux", a-t-il affirmé lors d'un entretien avec l'AFP. "Ca met un peu la pression!".

Comme dans "Une affaire de famille", le Japonais a imaginé des êtres se rencontrant fortuitement qui recréent une forme de famille, cette fois-ci autour d'un bébé abandonné dans une de ces boites où les mères peuvent laisser leur nouveau-né.

Un dispositif qui existe en Corée et au Japon que le réalisateur a découvert il y a une dizaine d'années en préparant son film "Tel père, tel fils" (2013). "Mais le phénomène est plus important là-bas", dit-il.

L'occasion de s'interroger sur les liens du sang, les séquelles de l'abandon, la douleur des séparations...

Pour ce film, "j'ai rencontré beaucoup de gens, des gens abandonnés dans des boites à bébés, j'ai visité des orphelinats... La question qui les hantait: est-ce que leur vie avait une valeur, est-ce qu'il avait bien fait de venir au monde ?", raconte Kore-eda, qui a souhaité apporter "un regard différent" sur les femmes abandonnant leur enfant, d'ordinaire conspuées.

Song Kang-ho joue un homme criblé de dettes qui découvre le bébé abandonné et se porte volontaire pour lui trouver une nouvelle famille, en échange d'argent.

Autour de lui, gravite Dong So, qui l'aide dans la "transaction" et la jeune mère, dont les motivations restent longtemps opaques.

La vente du bébé va se transformer en voyage entre Busan et Séoul, dans un van décati.

L'habitacle sera le théâtre de rapprochement entre les personnages.

"Chacun a vécu une situation de rejet dans sa famille d'origine et se retrouve à faire famille au départ de façon assez artificielle", développe le réalisateur.

- Choc de cultures -

Le film réunit à l'écran plusieurs stars sud-coréennes: outre Song Kang-ho, le père de famille de "Parasite", Bae Doo-na ("Cloud Atlas"), Gang Dong-won ("Peninsula") et la mégastar de la K-Pop Lee Ji-eun, IU à la scène.

"Ce qui m'a motivé au départ, ce n'était pas tant de tourner en Corée, mais d'avoir rencontré des acteurs coréens. Souvent des projets naissent d'une rencontre avec quelqu'un. J'avais en l'occurrence très envie de tourner avec eux", raconte le réalisateur.

Song Kang-ho s'attendait à une direction d'acteurs "méticuleuse et calculée" de la part de Kore-eda. "Mais il nous a vraiment respectés et a fait ressortir nos émotions d'une manière qui soit vraiment libre, bienveillante et inépuisable", racontait-il début mai à Séoul.

Quant à Lee Ji-eun, l'une des artistes K-Pop les plus populaires de sa génération, elle avait reçu des critiques élogieuses pour son rôle dans la série télévisée "My Mister" (2018), où elle jouait une jeune femme lourdement endettée. C'est sa prestation qui avait tapé dans l'œil de Kore-eda.

C'est un cinéaste qui traite "souvent les acteurs professionnels comme il le ferait avec des non-professionnels", analyse pour l'AFP Brian Hu, professeur de cinéma à l'Université d'Etat de San Diego. Le film n'est donc "pas seulement un choc de cultures, mais aussi entre styles cinématographiques".

Kore-eda a défié les tensions géopolitiques pour nouer des relations solides avec les meilleurs talents sud-coréens, se rendant notamment au Festival international du film de Busan en 2019, en pleine guerre commerciale. A l'époque, il avait déclaré que les deux pays, qui ont une histoire longue et complexe, pouvaient "résoudre et surmonter les problèmes politiques" par la solidarité.


 

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