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Cannes: les violences sexistes au tapis... rouge

 
 

En noir car "en deuil", elles ont déroulé sur le tapis rouge les noms de dizaines de victimes de féminicides: les "colleuses" ont imposé le thème des violences sexistes au 75e Festival de Cannes, sujet au cœur de plusieurs films en compétition et dans les sections parallèles.

Des prostituées massacrées en Iran dans "Les nuits de Mashhad" d'Ali Abbasi, une femme battue dans "Decision to leave" de Park Chan-wook, et un horrible féminicide dans "La nuit du 12" de Dominik Moll... les violences faites aux femmes sont partout à Cannes cette année, et au cœur d'un documentaire français projeté hors compétition, sur les "colleuses".

"Céline, défenestrée par son mari", "Présumées menteuses", "Même mon chien comprend quand je lui dis +non+", "Mon corps, mon choix, et ferme ta gueule"... Ce sont ces messages plaqués sur des murs dans toute la France, sur feuilles A4 blanches, qui ont d'abord interpellé les documentaristes Marie Pérennès et Simon Depardon.

Leur film "Riposte féministe" donne la parole à ces jeunes femmes, "la voix de celles qui n'en ont plus" selon leurs mots. D'Amiens à Marseille, militantes chevronnées, rompues aux thèses féministes ou elles-mêmes victimes de violence, elles expriment leur colère face à une société sexiste.

"Beaucoup de personnes qui étaient féministes mais n'avaient jamais manifesté nous ont rejoint", explique à l'AFP Elvire Duvelle-Charles, "colleuse" d'Ivry, mettant en avant la "simplicité" du procédé.

Créé au départ pour rendre hommage aux victimes de féminicides, le mouvement a vite évolué "car la violence, ça commence quand tu as huit ans et qu'on te met la main aux fesses dans le métro".

Certaines ont trouvé dans le collectif "une écoute", et "depuis que je colle, je n'ai plus peur le soir dans la rue", affirme l'une d'elles dans le documentaire.

"On voulait restituer le quotidien de ces femmes, absolument pas avoir des gens qui nous diraient +vous devez penser comme ci, comme ça+, on n'aurait jamais écouté", a expliqué à l'AFP Simon Depardon. Pour cela, l'équipe a suivi les "colleuses" lors de leurs virées nocturnes mais aussi en dehors pour "avoir des moments où la caméra ne se sent absolument pas, c'est ce qui fait que le spectateur et la spectatrice peuvent se forger leur propre idée".

- "Quelque chose qui cloche" -

"On dit +Le féminisme n'a jamais tué personne+, mais est-ce qu'il ne faudrait pas aller plus loin dans la lutte ?", se demande l'une d'elles à l'écran, aussitôt contredite par une autre colleuse qui juge que la violence, "c'est la domination".

"On voulait montrer que les débats comme ça entre militantes, c'est ce qui fait avancer, qui pousse à réfléchir autrement", dit Marie Pérennès.

"Riposte" montre aussi l'hostilité à l'égard des "colleuses": "on va systématiquement essayer de les faire taire", raconte Simon Depardon.

Par leurs messages, les "colleuses" veulent "laisser une trace dans l'espace public, s'approprier la rue", disent-elles. C'est dans la rue aussi que les féministes manifestent, criant à l'intention des forces de l'ordre: "Flics, flics, prenez nos plaintes !".

Le traitement policier des violences conjugales, c'est le thème d'un autre film français projeté à Cannes, une fiction de Pauline Guenna et Dominik Moll, "La nuit du 12", avec Bouli Lanners.

Le polar commence avec une histoire vraie, le meurtre de Clara, 21 ans, brûlée vive près de Grenoble. Sans caricature mais sans indulgence, le film déconstruit les rouages implacables d'une enquête policière orientée, dans laquelle la victime est toujours un peu coupable...

Clara était trop jolie, trop imprudente, changeait trop souvent de partenaire: pour les policiers - tous des hommes -, son meurtre ne doit rien au hasard.

Finalement, c'est grâce à des personnages féminins qu'un des enquêteurs va "se remettre en question", analyse Dominik Moll lors d'une interview à l'AFP. "Comme Yohan le dit à la juge, +il y a quelque chose qui cloche entre les hommes et les femmes+".


 

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