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Cannes: plongée dans la toute première unité pour malades du sida

Cannes: plongée dans la toute première unité pour malades du sida
L'équipe du film "5B" lors du 72e Festival de Cannes, le 16 mai 2019CHRISTOPHE SIMON
sida

1983. Le sida a commencé ses ravages. Des infirmiers décident de se battre pour la dignité de leurs patients, faisant fi du climat de paranoïa autour des risques de contamination, montre "5B", un documentaire bouleversant présenté à Cannes.

"5B" est le nom du premier service hospitalier consacré aux malades du sida aux Etats-Unis, à San Francisco.

Un lieu unique où "l'on avait le droit d'aimer nos patients", souligne une infirmière, où l'on touchait les patients sans gants, ni tenues de protection, où on les prenait dans les bras -- malgré le climat de peur entourant alors les malades du sida -- où l'on distribuait des glaces et organisait des brunch...

C'est en découvrant que les malades étaient placés en quarantaine et qu'on les laissait mourir sur leur lit d'hôpital que Cliff Morrison a eu l'idée de créer ce service, avec des volontaires.

"Pour moi, ça n'avait pas de sens: je ne comprends pas qu'un infirmier puisse refuser d'apporter des soins", explique l'infirmier à Cannes, où il a monté les marches jeudi soir aux côtés de Julianne Moore, soutien du film.

"Le métier de soignant vient du coeur", souligne celui qui refuse l'étiquette de héros mais assume celle de militant, pin's ruban rouge en évidence sur sa veste.

Mesurant la nécessité d'informer au maximum sur la maladie, il a ouvert grand les portes de son unité aux médias dès les années 80, permettant à Dan Krauss et à son équipe de retrouver des centaines d'heures de vidéo.

L'occasion de découvrir une communauté soudée et sur la même ligne: la compassion avant tout. "Aux débuts du sida, il y avait 0% de chance de survivre", rappelle le réalisateur américain.

"Ils ont pris des risques pour défendre des valeurs humaines. C'est quelque chose de le faire quand une vie est en jeu, c'est une autre de le faire pour défendre des valeurs", souligne-t-il.

- "Bateau fantôme" -

Si le film montre quelques moments de joie, il n'élude rien des souffrances, de la maladie et des morts. L'unité "5B" va aussi être ébranlée par la contamination d'une de ses infirmières, lors d'une manipulation avec une seringue.

Son anonymat sera préservé au sein de l'hôpital. Un secret que lève Dan Krauss dans le film, n'hésitant pas à jouer avec les nerfs des spectateurs.

"Quand on découvre qui est +Jane Doe+ (Madame X), cela fait forte impression", assume le réalisateur qui a structuré son récit pour ménager des effets de surprise. "J'aime explorer des situations où des gens sont face à des décisions difficiles", dit-il. Son précédent film "Extremis" parlait de fin de vie et lui a valu une nomination aux Oscars. Le prochain devrait être sur la Syrie.

"5B" a fermé ses portes en 2003 et est désormais un lieu vide et à l'abandon. Le film s'ouvre sur Cliff Morrison errant seul dans les couloirs. "C'est comme d'avancer dans un bateau fantôme", dit celui qui s'occupe désormais de personnes souffrant de déficience mentale.

Egalement à Cannes, un de ses anciens collègues Guy Vandenberg est toujours engagé dans la lutte contre le sida. "Il reste tant à faire. La sida a certes disparu des infos depuis l'arrivée des antirétroviraux, mais notre rôle est de maintenir les connaissances sur le sujet, d'informer sur la PreP (un traitement préventif), de dire que les séropositifs peuvent avoir des enfants...".

"C'est un film qui se déroule il y a 35 ans mais qui parle de maintenant, avec des gens confrontés à la peur et l'intolérance", souligne le réalisateur.

"+5B+ ne parle jamais explicitement de ce qui se passe aujourd'hui, mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir le parallèle", renchérit Guy Vandenberg, évoquant à demi-mots le retour d'une vague d'obscurantisme.

Le film soit sortir courant juin aux Etats-Unis.

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