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Chris(tine and the Queens) déploie ses ailes du désir

Chris(tine and the Queens) déploie ses ailes du désir
Christine and the Queens au festival du film américain de Deauville, le 9 septembre 2017CHARLY TRIBALLEAU

"J'avais envie d'explorer mille façons de raconter le désir": Christine and the Queens, devenue Chris d'une rature, revient avec un son qu'elle a voulu plus "flamboyant" pour son deuxième album éponyme, reflet de sa mue vers un personnage charnel et puissant.

Quatre ans après "Chaleur humaine", écoulé à 1,3 million d'exemplaires dans le monde dont 850.000 en France, la Nantaise aligne 12 titres dans la version française de "Chris", décliné aussi en anglais. "Cet album parle d'émotions beaucoup plus assumées, du désir comme force de désordre", raconte à l'AFP la trentenaire.

"C'est un album traversé de sentiments contradictoires et exacerbés, très épidermique, le son devait être à la hauteur", poursuit ce phénomène de la pop française, salué par Madonna ou Elton John.

Musicalement, la production vintage et synthétique ramène aux années 80 et au début des années 90, celles du groupe américain funk Cameo comme du Michael Jackson de la période "Dangerous".

"J'aime toujours travailler une production minimaliste en musique. Mais je voulais quelque chose d'un peu plus charnel, rythmé, flamboyant." Elle a écrit seule ses chansons, sur son ordinateur, avant de se rendre à Los Angeles pour enregistrer avec des musiciens de studio ayant notamment travaillé avec la chanteuse d'Eurythmics Annie Lennox et Shuggie Otis, auteur d'une pépite soul méconnue "Inspiration Information".

La métamorphose est aussi physique. Exit les cheveux longs et le tailleur pantalon, place à une chemise ouverte sur un débardeur, un anneau à l'oreille, une coupe courte qui souligne la mâchoire.

La sexualité est beaucoup plus présente, des paroles de "Damn, dis-moi" ("T'appuies au hasard pour la faire jouir") à "5 dollars" où elle apparaît en gigolo dans le clip. "L'album est toujours une photographie assez fidèle d'où j'en suis", raconte Chris, qui précise être "dans une relation moins conflictuelle avec (ses) désirs et (son) corps".

"J'aime travailler ma féminité dans l'ambivalence", explique Chris, Héloïse Letissier pour l'état civil, qui se revendique "queer", rebelle à la division binaire des genres.

- Éclatement volontaire -

Une position qui dérange plus dans son pays natal? "Je trouve que oui", répond la jeune femme. "En France j'ai la sensation que je dois beaucoup expliquer (...). En Angleterre, c'est plus fluide."

Sa prochaine tournée, qui débute en octobre, passera par ces deux pays, ainsi qu'en Allemagne, Etats-Unis, Suède, Luxembourg, Pays-Bas, Belgique, Irlande et en Suisse.

Pour mettre au point ses concerts, celle qui voulait être metteuse en scène puise son inspiration dans le théâtre ou l'opéra. "Ça m'intéresse de travailler une autre forme de spectaculaire, pas forcément avec des grands écrans, des stroboscopes et des paillettes", argue-t-elle.

Autre élément fondateur, la danse, qui "est au centre de la performance". "Il ne s'agit pas de danse décorative de pop mais de dire +cette chanson parle de ça, comment on va le raconter?+"

Elle a travaillé avec le collectif La Horde pour ses chorégraphies. Ses fans ont eu un aperçu du résultat lors d'un mini-concert récent à la salle Pleyel: un show puissant et parfaitement millimétré aux allures de comédie musicale, six danseurs à l'appui.

Son univers visuel est aussi marqué par le cinéma: le clip de "Doesn't matter" renvoie ainsi à la scène de danse des "Amants du Pont-Neuf" sous les feux d'artifice.

Autant les vidéos de "Chaleur humaine" étaient marquées par une certaine cohérence avec des décors minimalistes, autant "là on est dans l'éclatement et c'est volontaire", revendique-t-elle.

Avec le succès phénoménal de son premier album, la chanteuse se défend de s'être laissée griser par la célébrité et l'argent. "Il peut y avoir un effet euphorisant mais je ne l'ai pas eu, j'étais dans l'oeil du cyclone et le travail", en pleine tournée, se souvient-elle.

"Je me méfie des fulgurances", poursuit la petite-fille d'ouvrier, qui reconnaît s'être "beaucoup questionnée sur (son) milieu d'origine, (ses) colères qui sont parfois des colères de classe sociale".

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