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Dans la littérature érotique féminine, le cliché du millionnaire vend

 
 

Le châtelain dans "Histoire d'O", le patron milliardaire dans "Cinquante nuances de Grey", et maintenant le richissime mafioso dans "365 jours": dans la littérature érotique écrite par des femmes, le cliché de l'amant archifortuné vend bien.

"365 jours", dont les éditions Hugo et Cie sortent les trois tomes en français en mai, juin et juillet, est le dernier avatar en date d'un genre littéraire bien établi, après quelques best-sellers, la "romance" pimentée par des scènes torrides.

Ce roman en trois tomes signé de la Polonaise Blanka Lipinska s'est vendu à 1,7 million d'exemplaires en version originale. Et son adaptation en film, quand elle a été diffusée dans de nombreux pays par la plateforme Netflix, a attiré de belles audiences.

On saisit immédiatement quel genre d'homme est le protagoniste, le Silicien Massimo Torricelli: bardé d'argent, extrêmement arrogant, volontiers brutal avec les femmes.

Au chapitre 1, il raconte à la première personne qu'il obtient les faveurs de l'hôtesse dans son jet privé, que son amante du moment lui envoie des messages suggestifs, et qu'il compte soumettre à tous ses désirs une touriste polonaise dans laquelle il reconnaît la femme qu'il a toujours cherchée.

- Baigner dans le luxe -

"Histoire d'O" de la Française Pauline Réage, devenu un classique de la littérature, racontait aussi, en 1954, que René puis "Sir Stephen" baignaient dans le luxe.

Quant à Christian Grey, le dominateur de la trilogie dont la Britannique E.L. James a vendu des millions d'exemplaires, il contrôle selon Forbes une fortune de 2,5 milliards de dollars. Le sixième et dernier tome de ses aventures, "Freed", où il épouse Ana Steele, sort le 1er juin en anglais.

On pourrait multiplier les exemples. Depuis "Emmanuelle" de la Française Emmanuelle Arsan, où le mystérieux Mario navigue dans le milieu des riches expatriés de Bangkok, au "Beautiful Bastard" ("beau salaud") de l'Américaine Christian Lauren, pseudonyme de deux autrices, encore un homme d'affaires qui a réussi.

Blanka Lipinska elle-même s'est expliquée, dans Oprah Magazine, sur son personnage masculin. "Quand j'ai écrit le livre, j'avais vraiment besoin de quelqu'un qui se chargerait de tout pour moi. (...) Je me disais: ce serait tellement bien d'avoir un homme fort qui me dirait quoi faire".

"Fort", donc vigoureux, sûr de lui, et doté de gros moyens financiers. Le portrait rappelle celui du "mâle alpha" dépeint par une biologiste allemande, Meike Stoverock: dans la théorie controversée de cette chercheuse, ces hommes-là, un sur cinq selon elle, attirent sexuellement toutes les femmes ou presque.

- Au restau en hélicoptère -

"Christian Grey, ce n'est même plus un cliché, c'est ubuesque. Il dirige une entreprise avec des milliers d'employés mais il a le temps pour des séances de SM à n'importe quelle heure, il va au restau en hélicoptère...", remarque Olivier Bessard-Banquy, professeur de lettres à l'université Bordeaux Montaigne.

"Ces livres relèvent du schéma archétypal du roman Harlequin. Le cahier des charges, c'est une femme de milieu modeste et un homme charismatique, puissant. Ils ne devaient pas se rencontrer. Ils ne se comprennent pas. Ils ont une relation intense, qui renverse tout. Et à la fin ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Mais la nouveauté, dans les attentes des lecteurs, des lectrices surtout, est que le sexe intense doit intégrer ce récit", ajoute-t-il.

Un éditeur parisien spécialisé en littérature érotique, La Musardine, tente d'éviter le cliché.

"On ne joue pas du tout dans la même cour. Chez nous ce sont des tirages de 1.500, 2.000 exemplaires", souligne la gérante, Anne Hautecoeur (contre un total de 350.000 pour les trois tomes de "365 jours").

Pour elle, "la classe sociale n'est pas l'enjeu dans la littérature érotique. Dans le meilleur des cas cette question est gommée, et surtout nos auteurs femmes inventent les personnages masculins les plus divers".




 

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