De retour sur scène, Stéphane Guillon persifle de plus belle

De retour sur scène, Stéphane Guillon persifle de plus belle
L'humoriste Stéphane Guillon, le 18 mai 2012 à CannesLOIC VENANCE

"Aujourd'hui, on ne peut plus rien dire... La scène est le dernier espace de liberté": évincé de France Inter et de C8 après des chroniques au vitriol, l'humoriste Stéphane Guillon renoue avec le "one man show" pour tordre le cou au "politiquement correct".

"Dans cette société, tout est sujet à polémique, c'est donc aux humoristes de s'adapter", confie à l'AFP ce chantre de l'humour noir qui présente "Premiers adieux" au Théâtre de la Pépinière jusqu'en avril, avant une tournée.

"Dorénavant, je réserve ce que j'ai à dire exclusivement pour la scène", ajoute le comédien de 55 ans, dont personne n'a oublié les chroniques grinçantes sur France Inter, jusqu'à son éviction en 2010.

Il lui avait été reproché d'avoir égratigné plusieurs personnalités politiques dont Eric Besson, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, sans ménager son employeur.

Les prud'hommes et la cour d'appel ont successivement jugé son licenciement "sans causes réelles ni sérieuses", lui accordant plus de 200.000 euros de dommages et intérêts.

Plus récemment, en 2017, C8 l'avait écarté de "Salut les terriens" après qu'il eut sévèrement critiqué Vincent Bolloré qui contrôle le groupe Canal+ et la chaîne.

"Chaque propos est déformé afin de provoquer le buzz sur des sites qui se tirent la bourre. Des polémiques particulièrement injustes m'ont fait du tort en ne reprenant pas in extenso ce que j'avais dit. Je n'ai plus envie d'être trahi...", explique celui qui a derrière lui 28 ans de carrière sur scène.

"Je suis aussi un comédien pour le cinéma et le théâtre. En tant qu'humoriste, il fallait que je m'exprime autrement et c'est ce que je fais. Le buzz et le traitement de l'info par le sensationnel permanent est pervers pour l'actualité et les humoristes", estime Stéphane Guillon.

- "Le mauvais goût, ça suffit!" -

"La belle époque, c'est fini... Le métier est devenu impossible: on ne peut plus rien dire", lance-t-il sur scène en entamant ses "premiers adieux" où il brocarde les religions, les interdits, la politique mais aussi le couple, la famille, la chirurgie esthétique et les affres de la cinquantaine.

"Depuis les attentats de Charlie Hebdo, le métier d'humoriste devient trop risqué (...) Donc, rien sur Mahomet. Ce n'est pas que pour moi: c'est vous aussi que je protège! La religion catholique, en revanche, je peux y aller!", enchaîne Stéphane Guillon, pour qui on peut proférer les pires insultes obscènes sur le Pape - il ne s'en prive pas - "et rentrer tranquillement le soir chez soi..."

Côté politique, l'humoriste regrette de n'avoir plus assez de cibles: "J'ai eu de tels clients pendant des années: Sarkozy, DSK, Hollande... Quand on a évolué si longtemps en division 1, c'est dur de se retrouver en division 2".

Emmanuel Macron semble toutefois sortir du lot pour Stéphane Guillon qui le voit plus en steward qu'à l'Elysée, tant "qu'il ne tente pas de poser l'avion".

À propos du mouvement des "gilets jaunes", Stéphane Guillon se délecte en mode sale gosse: "La pauvreté n'excuse pas tout. Le mauvais goût, ça suffit... Che Guevara en gilet jaune, personne ne le punaise dans sa chambre!"

Dans la foulée, il porte l'estocade, dans la peau d'un manifestant: "j'ai détruit l'avenue Kléber, je suis un révolutionnaire..."

Peu avant le final, Stéphane Guillon se lance dans une hilarante conversation avec Dieu, espérant la clémence et, le plus tard possible, une belle mort bien scénarisée.

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