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Décès d'Emmanuelle Khanh, pionnière du prêt-à-porter

Emmanuelle Khanh, l'une des pionnières du prêt-à-porter dans les années 1960, morte vendredi matin à l'âge de 79 ans, aura marqué la mode française en donnant toute leur place aux stylistes dans un monde où la haute couture régnait sans partage.

La styliste s'est éteinte dans son sommeil "entourée des siens" à son domicile parisien, "emportée par un cancer contre lequel elle s'est battue pendant plusieurs semaines", a déclaré à l'AFP son fils, Othello Khanh.

Une cérémonie à sa mémoire aura lieu jeudi prochain à 15h30 dans la salle de la Coupole au cimétière du Père-Lachaise, a-t-il indiqué.

La créatrice avait épousé en 1957 le designer Quasar Khanh, mort en juin 2016, dont elle a eu aussi une fille, Atlantique.

Emmanuelle Khanh, qu'on reconnaissait à ses grandes lunettes dont elle avait fait un vrai accessoire de mode, a créé un style pour les jeunes femmes de l'époque, avec des jupes à taille basse et des chemisiers à col long.

La ministre de la Culture, Audrey Azoulay, a rendu hommage à la "styliste visionnaire", "pionnière d'une mode prêt-à-porter libre, joyeuse et populaire, à rebours de la standardisation".

"Elle est la première styliste à utiliser son nom en 1971 pour griffer ses modèles, alors que jusque là les stylistes restaient anonymes", souligne Didier Grumbach historien de la mode auteur de "Histoires de mode" (Ed. Regards).

Emmanuelle Khanh avait lancé en 1962 une première griffe, Emma Christie, en s'associant avec une autre styliste, Christiane Bailly.

"En 1965, Emmanuelle Khanh défile ainsi que deux autres stylises françaises et Paco Rabanne à New York. C’était la première fois qu’à New York, on faisait défiler quatre stylistes qui n’appartenaient pas à la haute couture", dit l'historien.

Elle s'était fait remarquer alors qu'elle était mannequin chez Givenchy, par Claude Brouet, à l'époque journaliste du magazine "Elle" qui s'est dite "très affligée" par le décès de son amie, auprès de l'AFP.

Emmanuelle Khanh fabriquait ses propres vêtements dans l’atelier à l’heure du déjeuner chez le grand couturier.

"J'avais remarqué son travail sur elle-même parce qu'elle s'était fabriquée une tenue tout à fait nouvelle. Alors je l'ai fait venir au journal", se souvient cette grande dame de la mode, encore au chevet de la styliste lundi.

- 'J'étais en rébellion' -

"Elle a osé créer une mode jeune, pour les jeunes, quand les autres faisaient une mode élégante de dames", précise encore l'ancienne journaliste âgée de 87 ans.

"Son travail a été très important dans les années soixante parce que c'était le début du prêt-à-porter, le début des créateurs originaux qui n'étaient pas un simple reflet des idées +couture+", explique-t-elle.

Styliste freelance jusqu'en 1970, Emmanuelle Khanh a collaboré avec de nombreuses maisons pour Missoni, pour des boutiques comme Dorothée Bis, ou Laura, de Sam Rykiel, mari de Sonia.

Elle a travaillé, en particulier, longtemps avec Cacharel. "Elle y a joué un très grand rôle", rappelle Claude Brouet.

La créatrice a offert à la marque "une image jeune, ce qu'il y avait de plus nouveau à l'époque".

A partir 1971, la créatrice lance des vêtements de ski, doudounes, parapluies, fourrure sous sa griffe éponyme. Elle ose même faire défiler ses mannequins sur patins à glace.

Elle arrête ses activités après une faillite, "douloureuse", en 1997.

"J'étais en rébellion contre la haute couture qui n'était faite que pour une minorité de femmes, d'un autre genre de vie que le mien", avait reconnu Emmanuelle Khanh en octobre 2016, lors de la mise en vente de quelque 150 vêtements issus de sa collection personnelle.

"On portait les jupes très larges avec des petits jupons, moi j'avais fait une jupe taille desserrée et un petit gilet et des chemisiers avec des cols longs, que les journalistes ont baptisé +cols hirondelles+", avait-elle expliqué.

"Moi, je ne faisais pas de la mode, je faisais des vêtements féminins, pour que les femmes se trouvent belles", disait-elle. Jusqu'au bout des seins: elle avait osé de petites marguerites sur les pointes de ses soutiens-gorge.

Faire des vêtements de femme, même si "ça a l'air un peu cucul la praline", insistait-elle, "c'était montrer leur taille, leurs seins, un corps quoi !"

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