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Décès de l'historienne de la IVe République, Georgette Elgey

Décès de l'historienne de la IVe République, Georgette Elgey
Georgette Elgey, avec le philosophe Edgar Morin lors de la remise de la Légion d'Honneur, le 26 février 2013 à l'Elysée à ParisBERTRAND LANGLOIS
histoire

Gaulliste et ancienne conseillère de François Mitterrand, non issue de l'université mais historienne respectée pour son sérieux, Georgette Elgey, auteure d'une monumentale et passionnante "Histoire de la IVe République", est décédée à l'âge de 90 ans.

"Le président de la République salue la mémoire de cet immense témoin du XXe siècle, qui a porté sur son temps un regard qui nous a beaucoup appris et qui n’a pas encore livré tous ses savoirs et ses secrets", a réagi mercredi l’Élysée après l'annonce de son décès.

Également journaliste et éditrice, conseillère de François Mitterrand à l’Élysée, ancienne présidente du Conseil supérieur des archives (2007-2016), Georgette Elgey restera comme l'auteure de l'"Histoire de la IVe République" (Fayard), une œuvre érudite et d'un plaisir de lecture inégalé à laquelle elle a consacré 50 ans de travail.

Entamée en 1965 (alors que les archives sur cette période n'étaient pas ouvertes aux chercheurs!), son œuvre s'est achevé en 2012 avec la publication du sixième et dernier volume de sa série à la célèbre couverture jaune: "De Gaulle à Matignon".

Son "Histoire de la IVe République" est aujourd'hui reconnue comme l'ouvrage de référence sur cette période, à la fois proche et mal connue, qui s'étend de la fin de la Seconde guerre mondiale à l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle.

Ce classique venait d'être réédité dans une version condensée (en deux volumes) dans la collection Bouquins (Robert Laffont).

Historienne reconnue par ses pairs, Georgette Elgey n'avait pourtant pas fait d'études d'histoire. C'est son métier de journaliste (à L'Express, puis au Nouveau Candide) qui lui a appris à interroger les acteurs de cette époque, à recouper et vérifier les sources.

Elle fut l'une des toutes premières à pratiquer systématiquement l'enquête orale auprès de tous ceux qui avaient joué un rôle au cours de la Ive République.

L'historienne expliquait avoir forgé sa méthode "sur le tas"... avec l'aide d'historiens comme François Bédarida, François Goguel ou encore René Rémond et Pierre Nora.

Plus tard, conseillère à l’Élysée auprès de François Mitterrand (avec qui elle se brouilla) elle a consigné l'histoire en train de se faire des deux septennats du président socialiste en recueillant "sur le vif" les témoignages oraux du président et des principaux acteurs de sa politique. Cette chronique de l'ère mitterrandienne n'a pas encore été publiée.

Parallèlement à son travail d'historienne, Georgette Elgey a été directrice littéraire chez Fayard, éditant notamment le best-seller d'Alain Peyrefitte "Quand la Chine s'éveillera" (1973) et les grands récits biographiques du médiéviste Jean Favier dont "Philippe le Bel" (1978).

Elle avait été également l'éditrice de François Mitterrand pour "Politique I et II" (1977, 1981).

- Une vie digne d'un roman -

L'histoire de sa vie tenait du roman. Elle l'a elle-même raconté dans "La fenêtre ouverte" (1973) et "Toutes fenêtres ouvertes" (2017).

Elle adopta le nom de Georgette Elgey... en 1950. Née en 1929, la petite Georgette n'a officiellement pas de père. Son père biologique est Georges Lacour-Gayet, historien et membre de l'Institut.

Il a 70 ans quand il rencontre la future mère de Georgette, Madeleine Léon, son étudiante âgée de 25 ans. Une idylle se noue. Georgette naît mais son géniteur ne la reconnaît pas.

Quand elle sera amenée à choisir un nom de plume, Georgette choisit les initiales du patronyme interdit: LG soit Elgey.

Dans ses mémoires, Georgette Elgey racontait aussi comment son monde s'était effondré en 1942.

Dénoncée comme juive, sa mère (catholique mais issue d'une vieille famille juive) est sommée de prouver son ascendance aryenne à cause des lois raciales de Vichy. Elle est obligée de fuir avec sa fille.

Elles vivront cachées jusqu'à la fin de la guerre. Pour tenir, Georgette Elgey se répète: "Quand de Gaulle sera là, je n'aurai plus peur".

Toute sa vie, cette admiratrice de Pierre Mendès-France - un des plus respectés président du Conseil de la IVe République - restera fidèle au dernier président du Conseil de la IVe République.

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