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Des chamanes à Glastonbury pour un festival qui se veut vert

A Glastonbury, il y a des stars comme Stormzy ou Miley Cyrus, plus de 130.000 spectateurs enjoués et des... chamanes en mission de sensibilisation dans ce festival qui prône le respect de l'environnement.

Kurikindi, 48 ans et originaire d'Equateur, est l'un d'entre eux. Portant une longue natte couleur jais, il va torse nu dans le campement de tipis où il réside avec une dizaine d'autres chamanes venus du Japon, des Etats-Unis, du Pérou... comme les présente l'organisation "Wisdom Keepers" (Gardiens de la sagesse), qui les a réunis au festival pour la première fois cette année.

Kurikindi raconte à l'AFP appartenir à une communauté de seize personnes dans la forêt équatorienne, où il mène une "vie de liberté, profitant de la nature, sans penser à acheter pour manger (...) parce que tu peux aller au fleuve et pêcher".

Il vit toutefois la plupart du temps avec son épouse à Londres, où il enseigne le chamanisme et "soigne" des addictions.

A Glastonbury, ce "messager de la Terre", dont les deux parents étaient également chamanes, est venu rappeler l'indispensable "connexion avec la Terre mère". Message reçu par les militants du mouvement écologique Extinction Rebellion (XR), qui a organisé une cérémonie d'ouverture du festival jeudi, aux côtés de l'association Greenpeace.

"On a besoin de leurs savoirs indigènes pour vivre en accord avec ce à quoi nous sommes confrontés", dit à l'AFP Ronan McNern, porte-parole de Extinction Rebellion, qui redoute l'extinction des espèces.

Pour transmettre ces savoirs, Wisdom Keepers veut sceller des partenariats avec des festivals afin d'offrir une plateforme d'échanges avec "l'Occident", explique à l'AFP son fondateur, l'Anglais Ben Christie.

- Plastique banni -

"Glasto", né en 1970 et organisé sur une ferme laitière du sud-ouest de l'Angleterre, semble ouvert au dialogue.

Les organisateurs ont interdit cette année la vente de bouteilles en plastique à usage unique. Selon leurs chiffres, plus d'un million avait été vendues lors de l'édition précédente, en 2017.

On voit ainsi de longues files de festivaliers, patientant malgré de fortes chaleurs, pour remplir leurs gourdes aux 37 points d'eau. Ou bien opter pour l'achat de canettes d'eau. Pour les encas, c'est le même tableau devant les nombreux stands à option vegan. Et les couverts, tasses et assiettes sont biodégradables.

Quatre cents volontaires veillent au recyclage. En 2017, quelque 132,5 tonnes de nourriture ont été transformées en compost; 55 tonnes de papier en carton recyclées, par exemple, en boîte à oeufs; 44,5 tonnes de canettes utilisées pour faire de nouvelles canettes, selon le festival.

En arpentant les 350 hectares de champs transformés en scènes à ciel ouvert, les festivaliers tombent sur des pancartes les invitant, par exemple, à ne pas uriner dans les champs pour ne pas polluer la rivière Whitelake.

En 2014, le festival avait été condamné à payer une amende après que 90.000 litres d'eaux usées générées par les festivaliers eurent pollué cette rivière, à la suite d'une fuite d'une citerne, et tué une quarantaine de poissons.

"Le festival fait du mieux qu'il peut" pour s'améliorer, estime Kurikindi. Glastonbury a d'ailleurs révélé un invité surprise dimanche: le célèbre documentariste naturaliste britannique David Attenborough venu dénoncer les méfaits du plastique sur les océans, sur l'iconique scène Pyramide où ont chanté The Killers ou George Ezra.

Mais "il y a encore des gens qui ne comprennent pas ou ignorent" les recommandations, observe Kurikindi. "Ca me fait de la peine de voir ce plastique, tous ces déchets sur la terre".

Il refuse toutefois d'être "amer": "Je suis ici pour aider, pour transmettre mon énergie" aux curieux qui viendront lui parler ou assisteront aux cérémonies des chamanes.

Mais, à cause d'un discours trop abstrait, plusieurs festivaliers ont vite lâché l'affaire vendredi lors d'une petite célébration de l'eau, introduite par un autre membre de Wisdom Keepers et à laquelle a assisté Kurikindi, gardant souvent ses yeux fermés. Lui assure : "peu à peu, l'humanité apprend".

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