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Dominique Boutonnat à la tête du CNC: sitôt nommé, sitôt contesté

Dominique Boutonnat à la tête du CNC: sitôt nommé, sitôt contesté
Nomination controversée à la tête du Centre national du cinéma (CNC) de Dominique BoutonnatMIGUEL MEDINA

La nomination à la tête du Centre national du cinéma (CNC) de Dominique Boutonnat, auteur d'un rapport controversé sur le financement du 7e art, passe mal dans un milieu inquiet de voir s'imposer une logique fondée sur la rentabilité, mettant en danger le cinéma d'auteur.

"Une nouvelle fois le gouvernement a pris une décision de manière unilatérale sans écouter une grande majorité du secteur qui porte une vision différente (...). S'opposer à une vision libérale ne signifie pas être anti-réformiste", a tonné la Société des réalisateurs de films (SRF), rassemblant 300 cinéastes.

"Le président de la République a donc décidé de +passer en force+", a déploré pour sa part le producteur Saïd Ben Saïd, y voyant une "formidable détestation du cinéma d’auteur et de la culture".

Celui qui travaille avec de grands cinéastes comme Paul Verhoeven avait estimé, en amont, que cette nomination "signifierait qu’il faudrait financer les films de Philippe Garrel et ceux de Franck Dubosc de la même façon, selon les mêmes critères économiques".

"On ne verrait donc plus de films de Philippe Garrel", concluait-il.

Avant même la nomination de Dominique Boutonnat, plus de 70 cinéastes dont Jacques Audiard, Palme d'or 2015 et Michel Hazanavicius, oscarisé pour "The Artist", avaient fait part de leur désapprobation dans une tribune.

Les étudiants de la Fémis -- école formant aux métiers du cinéma-- les avaient rejoints, évoquant "une attaque contre le cinéma français" s'il devait prendre la suite de Frédérique Bredin, 62 ans, dont le mandat s'est achevé mi-juillet.

En cause: le rapport commandé par Bercy et le ministère de la Culture sur le financement du cinéma, remis mi-mai par Dominique Boutonnat.

Tout en réaffirmant le rôle du Centre national du cinéma comme "régulateur", il préconise de développer la part du financement privé en complément des soutiens publics existants. Parmi les options sur la table, il évoque les fonds d'investissement et le développement de la blockchain, technologie prisée s'appuyant sur les crypto-monnaies.

- "Dialogue et concertation" -

Pour ses détracteurs, ce rapport qui parle de "rentabilité des actifs" et pointe le risque d'"une politique nataliste des oeuvres" (surproduction de films, ndlr) n'a d'autre ambition que de privilégier une logique commerciale.

C'est "la première fois qu'un professionnel du cinéma est choisi pour diriger le CNC", s'est défendu l'Elysée.

L'intéressé a lui même répondu aux critiques dans le Figaro. "Avec les équipes du CNC, mon but sera de préserver notre exception culturelle en ayant une obsession: la diversité, la qualité et la liberté de création", a-t-il assuré, confirmant au passage qu'il se désengagerait de tous ses mandats et cèderait les parts de ses sociétés, pour éviter tout conflit d'intérêt.

"J'entends protéger et renforcer le CNC autant que notre modèle, unique et envié à travers le monde", a insisté le nouveau dirigeant.

Un autre aspect du producteur d'"Intouchables" ou de "Polisse" inquiète: son soutien à la campagne d'Emmanuel Macron en 2016, qui alimente des soupçons de renvoi d'ascenseur.

"J'ai, comme d'autres, versé 7.500 euros pour soutenir la campagne d'Emmanuel Macron, car j'ai apprécié sa vision" mais "je ne me suis pour autant jamais impliqué dans un parti politique et je ne suis pas membre d'En marche", s'est défendu le producteur, dans Le Figaro.

Agé de 49 ans, le frère de Laurent Boutonnat, compositeur attitré de Mylène Farmer, a travaillé dix ans chez Axa, avant de se lancer dans le cinéma en 2005.

Il a notamment utilisé une niche fiscale supprimée il y a deux ans qui permettait de déduire de son ISF les investissements effectués dans des PME, pour aller chercher des financements privés en faveur de la création cinéma et audiovisuelle.

Le label ISF Cinéma, qu'il a cocréé en 2009, proposait d'investir dans des sociétés pour cofinancer (à côté de grands producteurs) un ensemble de plusieurs films.

"Il a ainsi contribué à la production d’environ 250 oeuvres cinématographiques et audiovisuelles particulièrement diverses", souligne le CNC dans un communiqué, citant pour les plus récents "En liberté !" de Pierre Salvadori et "Le chant du loup" d’Antonin Baudry (2019).

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