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Dominique Meyer arrive à la Scala pour y "rallumer la mèche"

Dominique Meyer arrive à la Scala pour y
Le Français Dominique Meyer, à Vienne en 2017, qui va devenir directeur de la Scala après une décennie passée à la tête de l'Opéra de VienneGEORG HOCHMUTH

Le Français Dominique Meyer, qui va devenir directeur de la Scala après une décennie passée à la tête de l'Opéra de Vienne, veut reconquérir le public du théâtre milanais et y insuffler "chaleur et enthousiasme".

Q: Que ressent-on quand on va prendre la tête de la Scala ?

R: On est heureux: ça fait trente ans que je travaille dans ce métier qui est mon hobby et mon métier en même temps. Je quitte Vienne, l'un des trois ou quatre plus importants opéras du monde, pour aller à la Scala qui est dans la même catégorie, en Italie, un pays que j'aime et dont j'adore la langue et la culture.

J'ai été accueilli à bras ouverts par une équipe que je connais. La transition est courte mais s'est faite de manière très correcte, respectueuse, avec une équipe de direction très amicale.

Q: Quelle est votre feuille de route ?

R: Le premier sujet est de reconquérir le public. La Scala a perdu beaucoup d'abonnés cette année. Il y a aussi un travail à faire sur le répertoire – nous avons commencé. Il est trop dispersé et il faut le recentrer parce qu'au fond ce n'est pas une victoire de jouer une pièce exotique pour 60% de remplissage.

Il faut retrouver une identité forte, rallumer la mèche. Je vois trop de spectacles pendant lesquels on applaudit deux minutes puis on s'en va. A Vienne, je n'ai pas pris l'habitude de ça, c'est un endroit dans lequel le feu de l'opéra fonctionne toujours. Les soirs où nous jouons "Tosca", c'est rare qu'il y ait moins de 15 minutes d'applaudissements. A Vienne tous les soirs il y a 60, 80, 100 personnes à la sortie des artistes, un ballet d'autographes, de photos et je trouve que c'est ce qu'il y a de plus beau.

J'espère pouvoir aider à retrouver le contact avec le public, plus de bonheur, de chaleur et d'enthousiasme à écouter l'opéra.

Q: L'Opéra de Vienne ne souffre-t-il pas d'une image d'institution peu innovante ?

R: C'est une facilité de dire ça. Cette année, sans même parler des compositeurs d'opéra pour enfants, nous avons dans le programme principal quatre compositeurs vivants, je ne connais aucun autre théâtre qui ait quatre compositeurs vivants et importants sous son toit cette saison.

Il y a chaque année une commande d'opéra pour enfants, le dernier était sur un sujet écolo, l'avant-dernier sur les familles recomposées. Nous sommes dans notre temps. Nous accueillons 20.000 enfants chaque année.

Ici c'est un opéra moderne: je ne connais pas d'autres opéras ayant un système de surtitrage mettant à disposition huit langues sur des tablettes, et un système d'éclairage aussi moderne.

On raconte aussi que Vienne est un opéra de touristes mais c'est faux: nous vendons 70% des places, c'est-à-dire 400.000 billets par an, à des Viennois. C'est énorme pour une ville de cette taille et les touristes qui viennent sont souvent des amateurs de musique. C'est une problématique centrale dans notre métier, il faut arrêter de mépriser le public.

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