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Festival d'Avignon: "Mama", une satire du patriarcat en Egypte

Festival d'Avignon:
La chanteuse Heba Riffat dans la pièce "Mama" présentée à Avignon le 17 juillet 2018Boris HORVAT

Dans un salon bourgeois du Caire, le garçon est choyé, sa soeur sans cesse mise au pas: la pièce "Mama" met en cause aussi bien les hommes que les femmes dans la reproduction du système patriarcal en Egypte.

Signée du metteur en scène égyptien Ahmed el-Attar et présentée au Festival d'Avignon, la pièce (en arabe avec surtitres français) se joue dans un seul espace, le salon, signe de l'immuabilité des traditions.

La mère, incarnée avec un grand réalisme par l'actrice Menha El Batrawy, est assise presque la totalité du spectacle sur le même fauteuil, au fil des conversations banales, des disputes familiales et même en période de deuil.

Sa petite-fille Zeinab est au contraire l'incarnation de cette jeune génération arabe qui cherche à se libérer du carcan des coutumes oppressantes: elle fait de la boxe, écoute de la musique occidentale, porte des shorts courts et va au club avec ses copines.

Mais elle est sans cesse sermonnée et se fait reprocher son comportement par son père, mais aussi par sa mère et sa grand-mère. En comparaison, son petit frère Zakaria est cajolé et choyé.

Dans la pièce, teintée d'un humour bien égyptien, les hommes ne font que passer, ce sont les femmes qui sont toujours là. "Quoi? Il doit s'occuper de l'éducation des enfants aussi?" s'indigne la grand-mère face à sa belle-fille Dina qui enrage de ne pas voir son mari plus souvent à la maison.

Pour toutes ces femmes, c'est l'homme qui est le synonyme de l'autorité. Le chef de famille (Boutros Boutros Ghali) crie sur tout le monde, y compris son épouse et sa parole est presque divine.

Pour Ahmed el Attar, qui clôt avec "Mama" une trilogie sur la famille, "la réalité est certes noire" mais il est convaincu que le changement viendra, notamment grâce aux femmes.

"Dans la société arabe, l'homme se repose sur son pouvoir au travail et à la maison. Les femmes ont plus de désir de changer les choses", dit-il à l'AFP.

"C'est elle qui contrôle véritablement la maison. Elle a donc une chance en or pour changer l'éducation de ses filles et de ses fils", ajoute le metteur en scène qui a déjà monté "La vie est belle ou en attendant mon oncle d’Amérique" (2000) et "The Last Supper" présenté au Festival d’Avignon en 2015.

La pièce pourrait paraître réductrice car elle ne montre pas de mère ou de fille active.

Mais pour Ahmed el-Attar, "même lorsqu'elle travaille, elle reste en quelque sorte sous la coupe de son mari et reproduit les schémas" patriarcaux.

Il compte présenter sa pièce en Egypte mais n'a pas encore soumis le texte pour obtenir l'autorisation de la censure.

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