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Frédéric Jacques Temple, la poésie et le goût de vivre à 97 ans

"J'écris quand ça me chante, et ça me chante souvent", sourit Frédéric Jacques Temple, un verre de whisky à la main. A 97 ans, poète, romancier, essayiste, traducteur ou journaliste, il poursuit une œuvre nourrie par de solides amitiés et un intense goût de la vie.

Regard vif, précision du verbe, délicatesse, humour, le poète reçoit sous la véranda de sa maison d'Aujargues (Gard) car son bureau est "un foutoir" et ponctue la conversation par son grand rire. "C'est une machine à vivre", sourit sa femme.

En 2013, "FJT", comme le surnomme ses amis, a reçu le prix Apollinaire pour son oeuvre poétique, qui, comme ses romans "Les Eaux Mortes", "Un cimetière Indien, "L'Enclos", "la Route de San Romano" ou "Le Chant des Limules", mêlent enfance languedocienne, cassure de la guerre, élan vers l'ailleurs, rencontres émerveillées avec les artistes, les oiseaux, les plantes...

"Mon écriture de base, c'est la poésie. Le reste, c'est selon les circonstances de la vie. Ecrire pour moi, ce n'est pas une carrière, c'est simplement le résultat de ma vie", dit-il.

Né le 18 août 1921 à Montpellier, Temple est d'origine aveyronnaise. Dès son plus jeune âge, il est attentif aux vibrations de la nature, aussi bien lors de ses jeux au Jardin des Plantes de Montpellier que dans la propriété familiale au bord de la mer, qui sera "enterrée sous le béton" par les promoteurs de la Grande Motte.

De 7 à 18 ans, FJT est scolarisé au pensionnat de l'Enclos Saint-François à Montpellier, un établissement "religieux mais très ouvert, dans lequel on enseignait non seulement les humanités, mais aussi la musique et les beaux arts". Les livres d'aventure de Jules Verne, Fenimore Cooper ou Jack London lui "ouvrent la porte du monde".

En 1942, il part pour Alger avec sa famille, découvre l'Afrique avec fascination et fréquente notamment la librairie d'Edmont Charlot, l'éditeur d'Albert Camus, qui sera aussi le sien.

- "Se connaître autrement" -

Mais de 1943 à 1946, survient pour le jeune homme "une fracture": "l'expérience de la guerre a tout changé", dit Temple qui a écrit sur ces "journées passées à l'ombre de la mort", notamment lors de la campagne d'Italie, puis en Provence, en Alsace et jusqu'en Autriche.

Mais le désir de vivre l'emporte. FJT se lance dans le journalisme au Maroc, puis en France, publie des poèmes, des romans, des traductions (Thomas Hardy, Henry Miller, Lawrence Durrell), des essais sur D.H. Lawrence et Henry Miller et noue souvent "au culot" au fil du temps des amitiés avec de grands noms de la littérature, de la peinture, de la musique: Blaise Cendrars, Henry Miller, Lawrence Durrell, Joseph Delteil, Richard Arlington, Mohammed Dib, Jean Giono, Pierre Soulages ou encore Georges Brassens.

En 1954, Temple est nommé à la direction de la radiodiffusion télévision française pour le Languedoc-Roussillon, où il restera jusqu'en 1986. La radio est alors pour lui une manière de "promouvoir la poésie et la littérature".

Enraciné en Languedoc, attaché à la Méditerranée comme aux mégalithes millénaires du Larzac, il a aussi beaucoup voyagé pour "se connaître autrement": "Quand je suis allé pour la première fois en Amérique, j'ai voulu vérifier que les livres de ma jeunesse ne m'avaient pas menti, et je suis allé, non pas à Wall Street, mais chez les Indiens et j'ai tenu à faire la traversée en bateau pour être Christophe Colomb", dit-il dans un rire.

Temple se définit comme un auteur "humaniste" tout en étant "très curieux des civilisations qui sont simplement vitales comme les peuples amazoniens, les pygmées ou les aborigènes". Comme eux, il pense que "la terre n'appartient pas à l'homme, mais (que) c'est l'homme qui appartient à la nature".

"Le comportement humain me rend un peu apocalytique, si ça continue, la terre va exploser", avertit cet amoureux de la vie ayant élevé cinq enfants et traversé près d'un siècle.

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