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Géorgie: l'extrême droite manifeste contre un film LGBT nominé aux Oscars

Des groupes d'extrême droite manifestaient vendredi en Géorgie, brûlant notamment un drapeau arc-en-ciel, contre la première d'un film - nominé aux Oscars - mettant en lumière la discrimination de la communauté LGBT dans ce pays du Caucase.

"Et puis nous danserons" de Levan Akin met en scène une histoire d'amour entre deux hommes, danseurs au ballet national de Géorgie. Acclamé à l'étranger, le film a provoqué la controverse au sein d'une société géorgienne réputée conservatrice et a été dénoncé par l'influente Eglise orthodoxe géorgienne comme un "affront aux valeurs traditionnelles" du pays.

Des centaines de militants anti-LGBT étaient réunis vendredi soir devant le cinéma Amirani, dans la capitale, Tbilissi.

"Longue vie à la Géorgie!", "Honte!" scandaient-ils, alors qu'un important dispositif policier était déployé sur place. Les manifestants ont également brûlé un drapeau arc-en-ciel, tandis qu'un prêtre orthodoxe récitait une prière.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé l'arrestation de onze manifestants pour "désobéissance aux forces de l'ordre".

"La danse folklorique géorgienne est au coeur des nos valeurs spirituelles, nous n'allons pas laisser défier nos traditions", a affirmé l'une des manifestantes, Teona Gogava, une femme au foyer de 35 ans interrogée par l'AFP.

Les responsables du cinéma, qui ont posté une vidéo sur Facebook montrant des policiers inspectant les sièges de la salle avec des chiens avant la projection, ont affirmé que tous les détenteurs d'un billet avaient été autorisés à entrer.

Maka Kiladze, un chorégraphe de 40 ans présent dans la salle, a trouvé "anormal" de devoir faire face à une "foule en colère". "Ce film a suscité un grand intérêt en Géorgie", a-t-il ajouté.

- "Forces ténébreuses" -

Le réalisateur du film, Levan Akin, Suédois d'origine géorgienne, avait indiqué plus tôt que des groupes d'extrême droite et des militants religieux avaient "l'intention d'empêcher les gens d'assister" à la première du film, pour laquelle toutes les places disponibles ont été vendues.

"Nous vivons des temps obscurs et les manifestations à venir prouvent à quel point il est vital de lutter contre ces forces ténébreuses par tous les moyens", avait-il ajouté.

Un ancien député du parti au pouvoir, Sandro Bregadzé, a notamment averti cette semaine que le groupe nationaliste qu'il préside, Marche géorgienne, allait s'opposer à la première du film, le qualifiant de "propagande de la sodomie".

Levan Vasadzé, homme d'affaires lié à des groupes anti-occidentaux et d'extrême droite en Russie, avait de son côté affirmé que ses partisans "entreront dans les salles des six cinémas de Tbilissi pour éteindre les projecteurs", promettant de "repousser la police si besoin".

Le ministère géorgien de l'Intérieur a promis dans un communiqué d'assurer "la protection du public et l'ordre, ainsi que la liberté d'expression". Il a prévenu que la police allait "supprimer tout acte illégal immédiatement".

L'homosexualité est un sujet tabou en Géorgie comme dans tout le Caucase et une grande partie de l'ex-URSS.

Les détracteurs du parti au pouvoir du Rêve géorgien ont accusé le gouvernement de soutien tacite aux groupes homophobes et nationalistes en échange de leur soutien aux élections et lors des rassemblements anti-opposition.

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