Jazz à La Villette, au rythme des voix de l'Amérique noire

De la soul vintage de Robin McKelle au R'n'B futuriste de Janelle Monae, en passant par José James ou le rappeur Pete Rock: le festival Jazz à La Villette (30 août-9 septembre à Paris) sera rythmé par les voix de l'Amérique noire.

A 32 ans, Janelle Monae s'est imposée ces dernières années comme l'une des nouvelles reines du R'n'B. Elle revendique ouvertement l'influence de Prince. Elle interprète comme son illustre aîné cette soul speedée, survitaminée et sophistiquée, truffée de sonorités électroniques tout en restant charnelle.

Janelle Monae sera l'une des attractions du festival, organisé dans les diverses salles du Parc de La Villette et alentours. Elle s'y produira en exclusivité française le 5 septembre.

Contrairement à la chanteuse de Kansas City, Robin McKelle, native de Rochester dans la région des Grands Lacs, cultive une image plus rétro et un son à l'ancienne. Cette vocaliste, blanche mais ayant épousé dès l'adolescence la musique noire américaine, a le regard tourné vers la soul des origines, celle de Memphis et de Stax.

Après s'être égarée dans le monde de la pop, elle revient à une formule plus intimiste, et interprétera le 1er septembre les compositions de "Melodic Canvas", son album paru cette année dans un écrin acoustique, où transpire son amour du gospel. Avec, dans la voix, des accents de Dianne Reeves ou Nina Simone.

Le Californien Son Little, à l'affiche le même soir, propose de son côté une fusion habile et curieuse: il chante d'une voix métallique des chansons sonnant "doo woop" (l'ancêtre de la soul) qu'il habille d'un son moderne.

Autre voix, celle, sensuelle, de José James. Ce crooner moderne, originaire de Minneapolis, le fief de Prince, fera revivre les grands tubes de Bill Withers. Cet ancien marine et ouvrier de chez Ford, devenu le symbole d'une folk-soul engagée et naturelle de l'Amérique du début des années 1970 a gravé des perles comme "Ain't no sunshine", "Lean on me", "Use me" ou "Grand Ma's hands", fait l'objet d'un véritable culte.

- Brad Mehldau symphonique -

La Villette n'oubliera pas non plus le hip hop: la dernière grande révolution dans l'histoire de la musique noire américaine sera représentée par Pete Rock. Ce représentant du style "old school", et son groupe The Soul Brothers seront les invités le 6 septembre du saxophoniste Kenny Garrett, un ancien complice du Miles Davis période funk.

Au-delà de cet important volet, Jazz à La Villette a convié à cette édition quelques grands noms du jazz actuel: le pianiste Brad Mehldau, le contrebassiste israélien Avishai Cohen, celui français Henri Texier, le trio britannique Gogo Penguin...

Ces musiciens explorent des territoires musicaux très différents, qui vont du symphonique à l'atmosphérique, de l'Orient à l'Occident, du nord au sud.

L'Américain Brad Mehldau interprétera le 1er septembre sa musique, du jazz à Bach, en orchestre symphonique. Aux antipodes, Henri Texier poursuit, avec un enthousiasme intact à 73 ans, sa quête d'un jazz spirituel, voyageur et chantant à la tête d'une énième formation, qu'il a baptisée "Sand Quintet", où s'unissent les timbres de brillants instrumentistes, avec une mention particulière au saxophoniste ténor Vincent Lê Quang, qui bâtit des chorus particulièrement inspirés.

Sans oublier le grand retour d'une des plus grandes voix de l'Afrique de l'Ouest, Salif Keita: l'albinos malien, 69 ans, qui fête cette année ses cinquante ans de carrière, lancera le festival jeudi, lors d'une soirée qui s'annonce chaude: le duo Tshegue et son afro-punk survitaminé, et BCUC, un groupe de Soweto et ses grooves lancinants, encadreront en effet à l'affiche le "vieux lion" du Mandé.

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