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Jeanne Added en solo, le public en miroir

A peine terminée la tournée "Radiate" avec son groupe, Jeanne Added propose "Both sides" dans les théâtres, en cassant les codes, seule en scène avec des spectateurs face à face. Première à Niort avec un public magnétisé.

L'artiste sort une nouvelle fois de sa zone de confort. "Je me mets un peu en danger, ça fait partie des choses qui forcent à travailler, à se remettre en question, je n'envisage pas mon métier autrement", confie-t-elle à l'AFP après son filage - répétition générale - dans l'après-midi, juste avant le lancement en soirée.

"Je ne suis pas là pour capitaliser, insiste-t-elle. J'ai même envisagé que les gens s'en aillent, que ça ne marche pas, on tente quelque chose". Mais le public du Moulin du Roc se connecte immédiatement. Les places assises ne le restent pas souvent, les spectateurs se lèvent pour vibrer.

Jeanne Added revisite son répertoire dans un show tout en mouvements. Les tableaux s'enchaînent et le plateau, sur lequel elle se produit, évolue lui aussi. D'une "ambiance de +teuf+, de club", comme elle le dit, le spectacle glisse vers le dépouillement, ôtant "les apparats, ce qui habille, ce qui recouvre, ce qui cache, couche après couche".

- "Que les gens soient dedans" -

Le tout en immersion dans un public en bifrontal, mot barbare qui recouvre deux blocs de places assises face à face - "Both sides" signifie "de chaque côté" - et l'artiste sur scène au milieu. "Les gens se voient en train de regarder ce qui se passe, avec moi qui suis entourée", décrit Jeanne Added.

Ce dispositif a déjà été aperçu au théâtre chez Joël Pommerat et on retrouve logiquement son scénographe Eric Soyer, qui avait déjà intégré l'équipe technique de la première tournée ,"Be sensationnal", de Jeanne Added. Pommerat était d'ailleurs à Niort.

Les spectateurs ne sont "pas que dans une position de récepteur, l'idée c'est que ça que ça circule, que les gens soient dedans", poursuit la performeuse.

"Il y plusieurs niveaux de lecture, tu peux y voir quelqu'un en train de +triper+, tu peux aussi y voir quelqu'un tout seul en train de se débattre". Ou de se battre. Sous les éclairages, la scène devient parfois ring de boxe, même si les seules cordes sont celles de sa basse, qu'elle saisit à un moment.

"Tu peux aussi t'interroger sur ta position de public. Est-ce que tu te vois toi en moi ou est-ce tu vois quelqu'un d'autre?", ajoute-t-elle, référence aux paroles de son titre "Remake".

- "C'est un peu dingo" -

Pas de temps mort sur scène ni dans son agenda. Il s'est écoulé moins d'une semaine entre la fin de la tournée en groupe et la première du solo. "C'est n'importe quoi, plus jamais ça, c'est un peu dingo j'avoue", sourit-elle. Dans ce timing serré, "pas trop" de place donc pour le rock'n'roll circus et les excès-clichés des tournées.

En parallèle de la dernière tournée, elle travaillait en vue du solo, conseillée par Julie Dorval, danseuse-chorégraphe dans l'orbite de Kiddy Smile, pour avoir un "regard extérieur".

"Il ne s'agissait pas de chorégraphier, ce n'est pas chorégraphié, car je ne sais jamais exactement ce que je vais faire, mais il y a des sortes de mouvements attribués à chaque morceau, avec elle on a travaillé la prise de l'espace et après j'ai bossé toute seule dans un studio de danse".

De quoi être schizophrénique avec tous ses projets qui se superposent? "Non, ça fait plutôt du bien de se projeter vers la suite quand quelque chose est en train de se terminer. C'est moins triste. Et ça permet d'avoir l'énergie pour continuer à avancer". La tournée "Both sides" poursuit sa route jusqu'à décembre.

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