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Karl Paquette, danseur providentiel de l'Opéra, fait ses adieux

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Karl Paquette s'est bâti une réputation de "superman" au ballet de l'Opéra de Paris et pour cause: le danseur étoile, qui tire sa révérence en cette fin d'année, a sauvé maintes soirées en remplaçant, parfois au pied levé, des danseurs blessés.

Parmi les étoiles françaises des dernières générations, il n'est peut-être pas le plus virtuose mais certainement un des plus appréciés du public, de ses partenaires et de "la maison" pour sa solidité physique et sa générosité. "Il va beaucoup manquer à l'Opéra", répète-t-on en interne.

D'autant plus que son départ ccentuera le déséquilibre entre étoiles hommes et femmes: cinq pour dix pour cette compagnie, l'une des meilleures au monde.

Ce Parisien aux allures de prince blond, regard bleu pétillant, est né coiffé: en 25 ans de carrière, il n'a presque jamais été blessé, fait rare pour un danseur classique.

"Je touche du bois, j'ai été épargné par les blessures... j'ai une bonne génétique", affirme-t-il à l'AFP à l'Opéra Bastille où il fera ses adieux le 31 décembre dans le ballet "Cendrillon" de Rudolf Noureev, à 42 ans comme l'exige la tradition.

"Je n'ai pas souffert d'une carrière en dents de scie où tout d'un coup, on n'arrive pas à assumer complètement d'être en scène", confie-t-il. "On a vu des danseurs très brillants mais pas assez réguliers dans le travail devenir finalement des étoiles filantes", souligne Karl Paquette.

En 2009, il est nommé à ce plus haut grade dans la hiérarchie des troupes de ballet, à l'âge relativement tardif de 33 ans.

- "Rêver autant de foot que de danse" -

Mais avant même d'atteindre le Graal, il a remplacé tellement de danseurs qu'il était presque tout le temps sur scène. Souvent, on lui annonçait le remplacement dans la journée.

Il y a eu "des conditions un peu +hard+ où l'on remplace l'après-midi pour le soir-même, ce ne sont pas conditions idéales pour aborder de grands rôles", explique le danseur. Mais "c'est ce qui nous fait progresser", assure-t-il en s'exerçant à la barre.

Elève du grand maître de ballet français Max Bozzoni, ayant intégré l'Ecole de danse de l'Opéra de Paris à l'âge de 10 ans, il n'avait pourtant pas les genoux et les pieds idéaux pour la danse classique.

"Je ne me considère pas comme LE grand danseur", sourit Karl Paquette. "Quand je suis entré à l'école de danse, je rêvais autant de football que de danse", ajoute l'artiste, fils d'enseignants.

"Ce n'est jamais facile quand on décide à 10 ans de choisir un métier alors qu'on rêve de s'amuser avec les copains... mais le sacrifice nous rend tellement plus fort".

Aimerait-il pour autant que ses fils âgés de 8 et 11 ans suivent le même parcours ? Il ne s'y oppose pas, même s'il est "intimement convaincu que c'est dur d'être le fils de...". "Quand je vois les enfants de Zidane qui jouent tous au foot... Ton père c'est ton père, on le dépasse rarement, surtout dans un milieu aussi fermé que la danse".

Il concède avoir connu une légère traversée du désert, avec l'arrivée de Benjamin Millepied à la direction artistique du ballet de l'Opéra en 2014 et dont le départ précipité un an et demi plus tard a secoué la maison.

Cette période "n'a pas été pour moi la meilleure dans le sens où il a voulu insuffler une nouvelle génération et je me suis senti mis au placard", se rappelle-t-il, même s'il lui est reconnaissant d'avoir introduit un dispositif médical au sein de l'Opéra pour s'occuper de la santé des danseurs.

"Benjamin a essayé d'insuffler quelque chose de très américain, de vouloir un peu révolutionner trop rapidement l'Opéra de Paris. C'est une vieille maison, on ne change pas les murs comme ça", assure le danseur, qui veut désormais transmettre sa passion.

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