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L'Asie rêvée d'Yves Saint Laurent s'expose à Paris

Mode

Une robe côtoie un vase de la dynastie Ming dont elle reprend la géométrie et les motifs. Une porte de palais du Rajasthan suggère les ornements d'un manteau: l'Asie rêvée d'Yves Saint Laurent est à la fois littérale et transgressive.

Le musée Yves Saint Laurent à Paris expose jusqu'au 27 janvier une cinquantaine de modèles haute couture du créateur français inspirés de l'Inde, de la Chine et du Japon. Les vêtements et accessoires sont présentés en dialogue avec des objets d'art asiatiques prêtés par le musée Guimet et des collectionneurs privés.

S'il connaît bien le Japon, le quartier des geishas Gion à Kyoto et le théâtre Kabuki, Saint Laurent ne s'est jamais rendu en Inde et n'a visité la Chine qu'en 1985 à l'occasion d'une exposition qui lui était consacrée après avoir dessiné la collection d'inspiration chinoise en 1977.

"J'ai abordé tous les pays par le rêve", disait le créateur mort en 2008.

"Le but de cette exposition est de montrer des objets qui n'ont pas l'habitude de voisiner (...) On essaie de retrouver les sources et de comprendre le concept de la création et de trouver ce qui a inspiré Saint Laurent", explique à l'AFP Aurélie Samuel, directrice des collections du Musée Yves Saint Laurent Paris et commissaire de l'exposition.

Grâce à ses "voyages imaginaires" ou immobiles, Yves Saint Laurent a livré une vision rêvée des pays asiatiques, teintée de connaissances puisées dans ses lectures, ou encore le cinéma des années 1930.

- Féminisation du turban -

Il se permet certaines transgressions en dotant ses mannequins femmes de turbans indiens "qui sont des symboles extrêmement forts dans ce pays parce qu'ils symbolisent l'autorité masculine", souligne Aurélie Samuel.

"Il va beaucoup plus loin que lorsqu'il fait porter à une femme un smoking en Europe, là il transgresse un code qui est très fort dans une société plus hiérarchisée que la nôtre et en essayant de dire aux femmes qu'elles sont capables d'assumer les mêmes responsabilité qu'un homme", ajoute-t-elle.

Dans la première collection en 1962, il réinterprète les somptueux manteaux de souverains de l'Inde. Pour sa dernière collection en 2002, il fait défiler plusieurs robes drapées qui reprennent les fondamentaux du sari, le vêtement traditionnel des femmes dans une grande partie du sous-continent indien.

A l'exposition, ces créations sont présentées en dialogue avec de somptueuses tenues du XVIIIe et XIXe siècle ainsi qu'une statuette équestre en argent ou des portes de palais grandioses du Rajasthan.

- Kimono trop littéral -

La Chine lui inspire des vêtements amples caractéristiques des habits, témoignant du statut social de ceux qui les portent.

L'esprit de sa collection "Les Chinoises" semble se conformer à la tradition de l'opéra de Pékin qui ne vise pas à restituer un vêtement historique, mais à produire un effet esthétique.

Les boutons d'un ensemble du soir reprennent le motif d'une vase de la dynastie Han du 1er-2e siècle après Jésus Christ, une veste noire brillante, est frappée d'un médaillon qui fait allusion aux badges impériaux ainsi qu'au mobilier chinois dont les vantaux de portes sont généralement ornés d'un motif circulaire en laque.

Une veste à motifs de volutes s'apparente au décor entrelacé des laques sculptées. On trouve les mêmes motifs sur une boîte à décor de pivoines et rinceaux chinoise.

Fasciné par le Japon, Yves Saint Laurent revisite plus tard le kimono "avec moins de distance, parce qu'il connaît bien et ne veut pas commettre d'impair", commente Mme Samuel.

D'où une vision "plus littérale et moins créative", selon elle.

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