La Biennale de Sao Paulo mise sur la diversité des œuvres

La Biennale d'art contemporain de Sao Paulo, la deuxième au monde après Venise, a choisi pour sa 33e édition de ne pas se tenir à un fil conducteur pour privilégier la diversité des œuvres.

Intitulé "Affinités affectives", la Biennale donne cette année carte blanche à sept artistes devenus commissaires d'expositions collectives, auxquelles s'ajoutent 12 projets individuels, que le public peut contempler gratuitement jusqu'au 9 décembre.

Vidéos, photos, peintures, sculptures, installations: tous les supports sont représentés.

"Nous exposons 600 œuvres de 100 artistes, donc nous croyons que chacun peut trouver une œuvre ou un projet qui le touche", explique Luciana Guimaraes, directrice de la Fondation Biennale.

Créée en 1951, la Biennale de Sao Paulo est une référence mondiale, attirant à chaque édition près d'un million de visiteurs locaux et étrangers dans la capitale économique du Brésil.

- "Expérience polyphonique" -

Inconditionnelle de cet événement, l'Argentine Sol Cernadas ne rate pas une édition depuis plus de dix ans.

"Ce qui m'a le plus marquée pour le moment, c'est la sensation de dépouillement, même s'il y a énormément d’œuvres", déplore cette passionnée d'art contemporain qui s'est également rendue à la Biennale de Venise.

Pour elle, l'édition 2018 de Sao Paulo est trop "propre" et les organisateurs "ne se sont pas assez approprié l'espace".

Même si Mme Cernadas a particulièrement apprécié des initiatives comme la création d'une liste spéciale sur la plateforme de musique en ligne Spotify, elle regrette le manque d'interactivité avec le public dans ce lieu situé au cœur du Parc Ibirapuera, le poumon vert de la mégalopole.

"Pour cette édition, j'ai décidé d'explorer une alternative au concept de thématique centralisée, qui est de mise dans les autres biennales d'art contemporain", explique à l'AFP l'Espagnol Gabriel Pérez-Barreiro, commissaire de cette édition.

"L'objectif est de mettre les artistes au cœur du projet, en leur donnant une vraie autonomie", insiste-t-il.

Il s'agit d'"éviter un spectacle monolithique et de s'orienter vers une expérience polyphonique".

- Libre circulation -

Les œuvres sont réparties sur trois étages, sans aucune orientation sur le sens de la visite, pour que le public suive son propre chemin.

Au rez-de-chaussée, l'exposition collective "Sens commun" est la première qui attire l’œil du visiteur.

"Nous sommes tous différents, chacun voit le monde à sa façon", affirme l'Espagnol Antonio Ballester Moreno, commissaire ce cette exposition qui réunit les œuvres d'une dizaine d'artistes.

L'une d'elles est une installation composée de plus de 2.000 champignons en argile de toutes tailles confectionnés par des enfants d'écoles locales, dans un dégradé de tons de marron.

"Nous misons sur la diversité, sur la coexistence d'artistes et de commissaires aux approches distinctes dans le même espace", rappelle Luciana Guimaraes.

Au premier étage, l'exposition "À nos parents", dont le commissariat est assuré par l'Uruguayen Alejandro Cesarco, "la reconnaissance du passé et de sa présence continue dans le présent".

Cette exposition présente notamment une relecture du pop-art, avec une installation de l'artiste américaine Elaine Sturtevant, qui réinterprète à sa manière le célèbre tableau de la vache rouge d'Andy Warhol, reproduit des dizaines de fois sur un mur jaune.

"Cette édition me surprend, je ne sais pas expliquer quoi, mais il y a quelque chose qui m'intrigue", commente le comédien Roberto Corbo, qui a profité d'un voyage professionnel à Sao Paulo pour se rendre à la Biennale.

Son coup de coeur, l'exposition "Toujours, jamais", dont le commissariat est assuré par l'artiste américain d'origine nigériane Wura-Natasha Ogunji, qui explore "la notion d'espace par rapport au corps, l'histoire et l'architecture", avec des œuvres de six femmes.

Au troisième étage, une installation de Denise Milan propose au visiteur un dialogue avec des pierres, à travers une installation qui rassemble roches, cristaux et améthystes. "Si tu t'assieds devant une pierre, elle te racontera son histoire", décrit l'artiste.

La Biennale est visitée aussi bien par des professionnels de l'art que par des non spécialistes et des groupes d'écoliers.

Pour Gabriel Pérez-Barreiro, la réussite de l'événement dépend du nombre d'expériences vécues par chacun des visiteurs".

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