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La maison normande de Senghor fait rêver les chercheurs en mal d'archives

La maison normande de Senghor fait rêver les chercheurs en mal d'archives
Portrait de l'académicien et ancien président du Sénégal, Léopold Sedar Senghor dans la bibliothèque de sa maison de Verson qui sera pour la première fois ouverte au public pour les journées du patrLou BENOIST
 
 

La maison normande de Léopold Sédar Senghor, qui ouvre samedi pour la première fois au public pour les Journées européennes du patrimoine, fait rêver les chercheurs qui espèrent y trouver des "pépites", comme des brouillons du poète-président sénégalais.

"A la BNF il y a un fonds Senghor de 629 feuillets mais il n'est pas complet du tout. Senghor a donné accès aux versions 2, 3, 4 mais pas à la version première des textes, où il a plus hésité, tâtonné et expérimenté", explique à l'AFP Claire Riffard, du CNRS.

L'inventaire du contenu de la maison de Verson, dont vient d'hériter ce village de 3.600 âmes à 5 km de Caen, reste à faire. Mais la mairie est déjà tombée sur un trésor, selon la chercheuse qui a visité les lieux récemment: dans un placard, un grand cahier à petits carreaux, intitulé "Chant pour Naëtt, poèmes", a constaté sur place l'AFP.

Ce document manuscrit "n'a pas de prix", s’enthousiasme Jean-René Bourrel, qui prépare un dictionnaire Senghor à paraître chez Classiques Garnier. Senghor réécrira ce recueil, destiné au départ à sa première épouse, qui deviendra "Nocturnes" (1961).

"Voilà une pépite. On peut s'attendre à en trouver d'autres", renchérit Souleymane Bachir Diagne, professeur à l'université Columbia aux Etats-Unis, qui a rencontré Senghor à de nombreux reprises. Car "Senghor élaborait son oeuvre poétique quand il prenait ses vacances en Normandie", précise le philosophe sénégalais.

Le futur académicien y a séjourné l'été à partir de 1957, année de son mariage avec Colette Hubert, à Gonneville-en-Auge, puis à Verson, sa seconde épouse ayant eu des propriétés dans ces deux communes.

Les chercheurs ont hâte également d'avoir accès à la bibliothèque de celui qui fut le premier président du Sénégal de 1960 à 1980 avant de s'installer définitivement à Verson, où il s'est éteint en 2001.

Dans le bureau du défenseur de la "civilisation universelle", Lénine côtoie de Gaulle, ou JFK en VO, des poèmes suédois, une traduction allemande de grands poètes français.

Les universitaires attendent surtout avec impatience que soient inventoriés les 25 m3 d'archives évacués en 2015 car attaquées pour certaines par les rongeurs, et stockées de façon sûre aujourd'hui dans un hangar à Bretteville-sur-Odon, une commune qui jouxte Verson.

Préfaces, discours, "tout ce que Senghor écrit est intéressant", souligne M. Bourrel.

- Précieuses dédicaces -

En attendant, dans la maison de plusieurs centaines de m2 construite en 1837 dans un parc arboré, évaluée à 900.000 euros environ, le public découvrira l'intérieur modeste, pour un homme d'un telle envergure. L'académicien ne s'est autorisé que quelques dorures dans sa salle de bain.

Les glycines n'égayent plus la façade aux volets un peu défraîchis.

Mais l'âme du poète y demeure. On trouve un buste et des portraits de l'académicien dans la plupart des pièces de cette maison, où Colette Senghor vécut seule pendant 18 ans avant de s'y éteindre à son tour en 2019.

Surtout, dans la bibliothèque du grand homme, sur l'ancien coffre de bois sculpté transformé en bureau, dorment encore dans plusieurs ouvrages de précieuses dédicaces:

"A ma Colette, qui est ma poésie" ou "à Colette, ma Femme, à ma princesse de Beborg, belle jusqu'en ses fureurs +vert et or+, avec l'expression de ma tendresse, 20 novembre 1976", Beborg étant un nom à consonance viking inventé par le poète pour faire allusion aux origines normandes de son épouse, selon M. Bourrel.

De ce bureau émane aussi la force d'une amitié légendaire: "A Léopold Sédar Senghor, co-auteur sans le savoir de cette oeuvre où il retrouvera tant d'échos familiers: ceux de notre jeunesse, de nos luttes et de nos communes espérances, fraternellement, Aimé Césaire", peut-on lire en ouvrant un exemplaire des œuvres complètes du poète martiniquais.


 

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