La marque Oscars se refait une crédibilité dans la foulée des scandales

La marque Oscars se refait une crédibilité dans la foulée des scandales
Des statues des Oscars, le 22 février 2017 à HollywoodFREDERIC J. BROWN

Après une série de scandales et un véritable fiasco à la fin de la cérémonie l'an dernier, où un gagnant avait été annoncé par erreur, les dirigeants de l'Académie des Oscars ont réussi à redorer en partie leur blason.

L'Académie des arts et sciences du cinéma, qui remettra dimanche les prestigieuses statuettes, a été vilipendée pour son manque de diversité en 2015 et 2016 par la campagne #OscarsSoWhite (les Oscars si blancs), avant le triomphe en 2017 de "Moonlight", réalisé par une équipe entièrement noire.

Elle est aussi régulièrement critiquée pour son manque de représentation des femmes dans ses rangs et parmi les nominations.

Hollywood en général est fustigé pour l'écart de paie entre acteurs et actrices, le manque de femmes à l'écran et derrière la caméra, sans oublier la vague de révélations d'agressions sexuelles dans le cinéma dans la foulée de l'affaire Weinstein, le producteur accusé d'avoir agressé, harcelé ou violé quelque 100 comédiennes et collaboratrices.

Pour le spécialiste Jeetendr Sehdev, "il ne fait aucun doute que les Oscars ont totalement changé".

"C'est phénoménal (...) sachant que leur marque avait été largement discréditée ces dernières années", a-t-il ajouté, interrogé par l'AFP.

Il vient de mener une enquête, "Le pouvoir de l'Oscar", dans laquelle 71% des sondés ont dit que la "marque" Oscars était digne de confiance, contre 51% en 2015.

Trois-quarts des personnes interrogés jugent même la marque Oscars "visionnaire", et ce malgré la débâcle de l'an dernier, quand "La La Land" avait été annoncé par erreur comme film de l'année, le vrai lauréat ("Moonlight") n'ayant finalement été proclamé qu'après plus de 2 minutes de totale confusion.

- Annonceurs imperméables -

Les acteurs Warren Beatty et Faye Dunaway s'étaient vu remettre en coulisses la mauvaise enveloppe par un employé distrait du cabinet de conseil PriceWaterhouseCoopers.

Pour Jeetendr Sehdev, l'image des Oscars a bénéficié de mesures prises par l'Académie, longtemps composée d'une vaste majorité d'hommes blancs âgés, pour élargir la diversité de ses membres, près de 8.500 environ à ce jour.

Beaucoup d'anciens membres âgés qui étaient depuis longtemps retirés des plateaux ont été exclus tandis que les quelque 1.500 personnes invitées à rejoindre l'Académie ces deux dernières années comptaient une large partie de femmes ou des artistes provenant de minorités ethniques.

Malgré la diversification des nouveaux artistes invités à devenir membres, la part de femmes dans l'Académie n'est passée que de 25 à 28% ces deux dernières années, et celle des personnes de couleur de 8 à 13%. Elle vise une forte augmentation d'ici 2020.

Huit personnes sur dix --dans l'enquête de Jeetendr Sehdev-- estiment que les Noirs sont à créditer pour le regain de crédibilité des Oscars, suggérant que le mouvement #MeToo avait eu moins d'impact sur l'image de ces prix que la campagne sur les réseaux sociaux #OscarsSoWhite.

Le président de l'institution, John Bailey, avait promis début février que son institution était en train de "se réinventer" avec un sens accru "des responsabilités dans le but d'équilibrer les genres, les races, les ethnicités et les religions".

La sélection de cette année est nettement plus diverse avec nombre d'Afro-américains finalistes, comme Denzel Washington, Daniel Kaluuya, Mary J. Blige, Jordan Peele, Octavia Spencer... Quelques femmes ont également fait reculer le plafond de verre, notamment Greta Gerwig, cinquième femme jamais nommée pour le prix de la meilleure mise en scène, ou Rachel Morrison, première femme nommée pour la direction de la photographie.

Une étude annuelle de l'université UCLA montre cependant que malgré ces avancées symboliques, le manque de diversité persiste devant et derrière la caméra à Hollywood.

Le succès de "Black Panther", block-buster de Marvel avec une équipe d'acteurs et cinéastes essentiellement noirs et équilibrée entre hommes-femmes, pourrait toutefois servir de leçon aux studios pour l'avenir.

Les annonceurs pour leur part semblent imperméables aux scandales et polémiques, et même aux chiffres d'audience en chute, qui ont atteint leur niveau le plus bas en 9 ans à 33 millions de téléspectateurs l'an dernier.

La chaîne ABC, diffuseur traditionnel des Oscars, avait vendu tous ses espaces publicitaires dès le 15 février, augurant de recettes records. Seize spots qui seront diffusés ont été tournés spécialement pour la cérémonie, dont 12 devraient célébrer l'inclusion et le fait de donner plus de pouvoir aux femmes.

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