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La pandémie de Covid n'arrête pas Daniel Barenboim, éternel ennemi de la "routine"

 
 

Ce n'est pas le Covid qui va arrêter Daniel Barenboim: le légendaire pianiste et chef d'orchestre qui a joué son premier concert à l'âge de sept ans se dit, 71 ans plus tard, toujours prêt à "recommencer à zéro".

En pleine pandémie, le maestro se trouve en Provence pour jouer au Festival de Pâques de musique classique, diffusé cette année en version numérique, crise sanitaire oblige. Un programme à quatre mains qu'il interprètera mardi soir aux côtés d'une autre légende du piano, Martha Argerich.

Malgré les restrictions, l'Israélo-Argentin a fait le voyage de la capitale allemande où depuis 29 ans, il est directeur musical de l'Opéra d'Etat de Berlin et de son orchestre, la Staatskapelle.

Depuis la crise, il a enregistré sa cinquième intégrale de sonates pour piano de Beethoven, lancé un festival numérique de musique, et dirigé des concerts en streaming direct.

- "Un musicien n'arrive jamais" -

La fermeture des salles ne l'a pas encouragé à vouloir ralentir sa carrière, un mot qu'il dit d'ailleurs "détester". "Un musicien +n'arrive+ jamais, la routine est son plus grand ennemi", affirme-t-il dans un entretien avec l'AFP à Aix-en-Provence. "A chaque fois que je joue un morceau, j'apprends quelque chose de nouveau, si j'ai joué un concerto de Mozart hier et que je dois le rejouer aujourd'hui, je dois recommencer à zéro".

"J'ai joué mon premier concert en 1950. Le croyez-vous? J'ai 78 ans, je joue depuis plus de 70 ans et les gens restent disposés à venir écouter; c'est très touchant", confie-t-il.

Le monde musical a-t-il retenu des leçons de la crise sanitaire? "Jusqu'à présent, très peu", commente-t-il. "C'est très difficile de parler de l'avenir après le coronavirus, car (avant même le Covid), l'importance de la culture et de la musique avait déjà régressé ces 40 dernières années", affirme le musicien, qui regrette "le manque d'éducation musicale à l'école".

Grand militant de l’accès à la musique au plus grand nombre, il a lui-même multiplié les initiatives ces dernières années, comme le lancement de sa chaîne YouTube où il présente "5 minutes" sur Debussy, Beethoven ou Chopin ou encore l'inauguration d'une maternelle musicale à Berlin.

Il se félicite des progrès en termes de diversité et de visibilité des cheffes d'orchestre, mais appelle à ne pas perdre de vue la qualité. "Il faut qu'il y ait plus de musiciens noirs, plus de femmes cheffes d'orchestre mais l'erreur serait de dire +il y a un créneau libre cette semaine, il faudrait mettre une femme+. Il faudrait la meilleure, sinon c'est un manque de respect à la femme elle-même".

Connu pour son franc-parler et son engagement en faveur de la paix, notamment à travers le West-Eastern Divan Orchestra fondé en 1999 avec le penseur palestino-américain Edward Saïd, et son prolongement dans l'académie de musique Barenboïm-Saïd qui forme des étudiants du Moyen-Orient, il est "horrifié" par le blocage dans le conflit israélo-palestinien. "Il n'y a pas une seule personne des deux côtés qui a à cœur de regarder l'avenir".

- Pas une relique -

Ayant acquis un statut quasi-intouchable de maestro tout-puissant, Daniel Barenboim a été visé en 2019 par des accusations d'autoritarisme de la part d'anciens collaborateurs du Staatsoper de Berlin. Il s'en était défendu et les accusations n'ont pas été prouvées par la justice.

Il reconnaît toutefois que "la manière dont on traite avec les gens a changé à travers le monde". "Il est possible que je n'étais pas assez conscient de ces changements d'un point de vue social et je l'ai dit à l'orchestre publiquement, que je le regrettais si c'était le cas", précise-t-il, tout en assurant avoir du mal avec le "politiquement correct".

Il a lui-même reçu une éducation "à la dure" à Paris d'une des plus célèbres pédagogues de musique, la Française Nadia Boulanger, lorsqu'il avait juste 12 ans, se rappelant notamment qu'elle avait fait pleurer un certain Astor Piazzolla en lui disant qu'il sera toujours "un Stravinsky de seconde classe et qu'il devrait plutôt développer la musique de son propre pays. C'est elle qui lui a donné l'idée" de révolutionner le tango.

Son contrat à Berlin a été prolongé jusqu'en 2027. "Je leur dis à chaque fois qu'on aborde l'avenir, je resterai jusqu'à ce que j'en ai la force. Sinon je partirai; je ne veux pas rester comme une relique du passé".




 

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