Le Bagad de Vannes, "école de la vie", pousse le biniou hors de Bretagne

Le Bagad de Vannes,
Le Bagad de Vannes, le 5 août 2018 au festival interceltique de LorientSEBASTIEN SALOM GOMIS

Révélé par un télécrochet, le Bagad de Vannes pousse le biniou hors de ses territoires bretons. "Ecole de la vie, lieu de mixité sociale", cet orchestre créé en 1952 est désormais reconnu d'utilité publique, une première pour une association musicale en Bretagne.

Plus une chaise de disponible sur la place de la mairie de Josselin, petite cité médiévale du Morbihan. Pour assister à une simple répétition publique du Bagad de Vannes et être aux premières loges, il fallait s'y rendre tôt comme l'a fait Ysaline, 20 ans.

"C'est entraînant, les musiques sont modernes", assure la jeune femme qui a fait le déplacement avec son cousin Victor, 11 ans. "C'est la première fois que je les vois en vrai!", se réjouit le garçon embarquant sa cousine sur la piste de danse.

Fin connaisseur du bagad, il n'a pas manqué un seul épisode de "La France a un incroyable talent", concours diffusé sur M6, constitué d'un jury de professionnels du spectacle, regardé par plus de 3,2 millions de téléspectateurs en moyenne et remporté en 2015 par l'orchestre breton.

"C'est une sacré notoriété", confirme Youenn Le Ret, "penn-sonneur", chef d'orchestre des sonneurs de bombarde (sorte de hautbois breton). "On a fait les sélections, puis on s'est pris au jeu au fur et à mesure qu'on gagnait jusqu'à la finale", se rappelle le musicien.

Une victoire "pas facile". Les membres du bagad sont tous bénévoles, "il fallait aller à la Plaine Saint-Denis (en région parisienne, ou se trouvent les studios d'enregistrement), demander à l'employeur l'autorisation d'absence qui n'était pas payée", explique le professeur de musique.

Mais, depuis, l'ensemble des musiciens qui "vivent et dorment bagad" ont pris une nouvelle dimension. "Il s'est passé quelque chose en dehors des frontières bretonnes, on a eu beaucoup d’opportunités": Olympia, tournée en France, concert en Belgique, en Italie... Adulés tels des rock stars jusqu'à Pékin !

-"Ecole de la seconde chance"-

Le Bagad de Vannes est aussi une école de musique avec ses "bagadig", petits bagads qui, une fois le niveau requis, permettent d’accéder à la cour des grands.

Le Bagag compte 300 membres actifs, de 17 à 60 ans, dont "chacun apporte une pierre à l'édifice". Il se veut musical mais aussi "projet humain", assure Patrick Cauvin, administrateur du bagad.

"Chacun est issu de catégories sociales très différentes. J'ai des témoignages de personnes qui sans le bagad seraient tombées dans la marginalisation. On a réussi à intégrer un rang social grâce au bagad alors que ce n'était pas forcément bien parti dans la vie, c'est quelque chose d’extraordinaire", assure Youenn Le Ret, ancien président de l'association du Bagad de Vannes.

L'argument d'"école de la seconde chance" a été mis en avant dans le dossier de reconnaissance d'utilité publique. Initié en 2012, et, après plusieurs aller-retour avec le ministère de l'Intérieur, l'association obtient le sésame en septembre 2017, devenant la première école de musique à "promouvoir la culture bretonne et plus particulièrement la culture musicale", selon la liste des associations reconnues d'utilité publique consultée par l'AFP.

"Les bagads sont d'une manière générale des ambassadeurs", estime Youenn Le Ret. "On veut transmettre un message de convivialité. C'est une musique qui sans le mouvement bagad ne serait sans doute pas morte mais serait beaucoup plus vouée à l'oubli. Le mouvement l'a remise au goût du jour", déclare Youenn Le Ret, membre du bagad depuis ses 13 ans. "On mâtine notre musique de couleurs du 21e siècle, on a fait du jazz, on modernise", assure-t-il.

Une commission musicale intergénérationnelle réalise les compositions du collectif de Vannes qu'il présentera aux différents concours, notamment au Championnat national des Bagad, organisé au Festival interceltique de Lorient.

En attendant la compétition, le Bagad de Vannes multiplie les répétitions publiques comme à Josselin où plus de 2.000 personnes ont fait le déplacement.

Dans le public, Christelle, de Ploërmel, a connu les bagads "petite" avec sa grand-mère. Elle se réjouit de le transmettre à son fils, "remis au goût du jour avec la télévision".

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