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Le blues, une musique immuable qui résiste à l'épreuve du temps

Le blues, une musique immuable qui résiste à l'épreuve du temps
John Mayall, à la Nouvelle-Orléans le 2 mai 2009Rick Diamond

John Mayall, le père du premier boom pour le blues en Europe au début des années 1960, va diffuser au Bataclan jeudi à Paris le message et les ondes positives d'une musique d'un autre âge mais toujours vivante et actuelle.

"C'est une musique mère, qui a donné naissance au jazz, au rock, au rap", affirme Jean-Jacques Milteau, harmoniciste et producteur de l'émission "Bon Temps Rouler", consacrée au blues, au rhythm'n blues et à la soul sur TSF Jazz.

Selon lui, cette musique "s'estompe, n'est pas forcément toujours en très bonne santé, mais on s'y réfère toujours".

De John Mayall (84 ans, harmonica, claviers, guitare) qui a initié le "blues boom" dans le Swinging London des sixties, à Romain Roussoulière (26 ans), du groupe "Same Player Shoot again". De Jean-Jacques Milteau (68 ans) à Ben Harper (49 ans), associé ces dernières années à l'harmoniciste Charlie Musselwhite, une figure du Chicago blues... Le blues a toujours ses adeptes.

Née dans le delta du Mississippi fin XIXe-début XXe siècle, cette musique, vecteur des Noirs pour exprimer au temps de la ségrégation leurs peines et leurs espoirs, a résisté à tout. Aux changements sociaux, à l'électrification, l'amplification, aux migrations. De rurale, elle est devenue urbaine, s'est acoquinée avec le rock, sans jamais perdre sa force d'évocation et l'authenticité de son discours.

- Vecteur "d'émotions simples" -

"C'est une musique qui véhicule des émotions simples, sincères, avec à la base aussi ce côté revendicatif, qui a traversé les époques et qui interpelle toujours", abonde Romain Roussoulière.

Ce musicien, guitariste et leader du groupe français "Same Player Shoot again", a grandi avec sur les murs de sa chambre les posters de Rory Gallagher, Jimi Hendrix ou les Rolling Stones. Son groupe a publié en février "Our King Freddie", un disque en hommage à Freddie King, l'une des légendes du blues moderne.

"Le blues est en général une musique immédiatement accessible, d'une apparente simplicité, basée avant tout sur le feeling et le désir de transmettre des sentiments, des sensations, un vécu, qui peut toucher directement l'auditeur au-delà d'un clivage générationnel", estime le journaliste spécialisé Philippe Thieyre, auteur du livre "Blues en 150 figures", paru fin 2018 aux éditions du Layeur.

"Il a perdu de sa substance, n'est plus dans une logique de revendication sociale, mais encore énormément de gens ressentent son message originel", affirme Romain Roussoulière.

Quels sont donc les fondements du blues, ce roulement lancinant qui ensorcelle et donne une envie irrémédiable de taper du pied dès qu'on l'écoute ?

- "Il fait partie de notre ADN" -

La base, ce sont ces fameuses douze mesures, répétées en boucle avec trois accords différents sur lesquels on va improviser, provoquant de légères variations, qui créent ce roulement perpétuel: les fameuses "Rolling Stones" du chanteur de blues Muddy Waters, qui ont donné son nom au plus grand groupe de rock du monde.

Sur cette grammaire, chaque bluesman met son vocabulaire: "le blues est davantage défini par l'intensité et la sincérité de l'artiste", déclare l'Afro-américain Otis Taylor, l'un des rares à en extraire encore la sève.

"Les fondements harmoniques et musicaux du blues sont tellement simples qu'on peut l'amener où on veut", explique Romain Roussoulière.

Le blues irrigue la musique de nombreux groupes de rock. Certains n'ont jamais renié leur première influence. Les Rolling Stones lui ont consacré leur dernier album, "Blue & Lonesome". "The Big Bad Blues", le dernier album de Billy Gibbons, l'un des barbus du groupe "sudiste" américain ZZ Top, lui est entièrement voué.

"Je pense qu'il s'agit surtout d'une marque de reconnaissance envers des artistes à l'origine de leur vocation de musiciens. La plupart d'entre eux, les Stones comme ZZ Top, ont appris à jouer en écoutant du blues, et le blues ne les a jamais quittés", avance Philippe Thieyre.

Si ses légendes s'éteignent petit à petit, elles nourrissent l'histoire du blues, qui, selon Jean-Jacques Milteau, "fait partie de notre ADN".

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