Le collier rouge, "pas juste une histoire de guerre"

Avec "Le Collier rouge", en salles mercredi, l'octogénaire Jean Becker s'interroge sur la notion de héros et les rapports de classe à la fin de 1914-18, dans un film qui, dit-il, n'est "pas juste une histoire de guerre".

Eté 1919, chaleur écrasante, un jeune homme (Nicolas Duvauchelle), paysan décoré de la Légion d'honneur pour ses faits de guerre, est emprisonné dans la caserne déserte d'une petite ville française. Il est accusé d'avoir "trahi" sa condition de héros, en attachant au cou de son chien la prestigieuse décoration, le fameux collier rouge...

Une femme (Sophie Verbeeck) qui l'aime, l'attend dans sa ferme, tandis qu'un juge militaire, aristocrate dont la guerre a remis en cause tous les principes (François Cluzet), arrive pour juger le jeune homme. Devant la caserne, le chien du poilu, au cœur de l'affaire, l'attend en aboyant sans cesse.

Le long-métrage est tiré d'un roman éponyme de Jean-Christophe Ruffin paru en 2014.

"J’ai été touché par l’histoire de Ruffin par rapport à mon grand-père. Je me suis dit +voilà mon grand-père, c’était le pauvre con, poilu, chair à canon, qui s’est retrouvé comme ça+", s'est enflammé Jean Becker, lors d'une présentation du film en avant-première fin février à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques).

A 84 ans, le cinéaste, qui a réalisé une quinzaine de films dont "l'Été meurtrier", film aux quatre Césars de 1983 où rayonnait Isabelle Adjani, a le regard toujours aussi aigu.

Pendant la Première Guerre mondiale, "on envoyait les types à la mort sans même réfléchir pour reprendre une petite colline où il y avait à chaque fois 20, 30, 50 morts", martèle-t-il.

"Au-delà, le récit de Ruffin enlace plusieurs thèmes. La notion de héros, le rapport à la justice, le couple et la place de la femme dans cette société d'après guerre. Son livre n’est pas juste une histoire de guerre, ça m'a convaincu", dit-il.

- "Condition transformée" -

La jeune femme, Valentine, est incarnée par Sophie Verbeeck, actrice révélée en 2015 dans le film de Jérôme Bonnell "A trois on y va".

Elle incarne une douceur infinie sous un caractère bien trempé et force le respect face au duel-duo entre François Cluzet, le commandant Lantier du Grez, personnage double qui assume son grade sans être dupe, et Nicolas Duvauchelle, le poilu Morlac, à l’intégrité sans faille.

"J'ai beaucoup aimé la manière dont Jean m'a parlé de Valentine. Elle existait pour lui", raconte Sophie Verbeeck. "Ce n’est pas rien qu'un réalisateur vous parle du personnage avec passion comme s’il l’avait vue, Jean en parle d’une manière physique".

"Il a su me faire endosser le rôle de ces femmes à cette époque là", poursuit-elle. "Elles avaient perdu leurs compagnons, leurs vies affectives étaient extrêmement traumatisées, elles ont pris en charge les activités des hommes et leur condition a été transformée".

"C’est un beau film qui ressemble à Jean et à son grand cœur. Il prend les sujets très au sérieux et en même temps il a une justesse de ton, un ton ludique. C’est un garde-fou dans notre travail de rester ludique en traitant de sujets graves".

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