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Le peintre chinois Yan Pei-Ming dialogue en couleurs avec ses maîtres

Chine

Connu pour ses immenses portraits monochromes, le Chinois Yan Pei-Ming tente le petit format, la couleur, la gouache et l'érotisme pour mieux dialoguer avec les maîtres de la peinture dans l'exposition "Dating à la galerie parisienne Thaddaeus Ropac.

"Pendant des années, je n'ai fait que du noir et blanc avec parfois un peu de rouge, aujourd'hui je fais une peinture en couleurs pour essayer d'évoluer", déclare le peintre, dans son vaste atelier d'Ivry-sur-Seine, dans le sud-est parisien.

"Dating" (jusqu'au 21 avril) "évoque le rendez-vous ou la rencontre, à la fois avec moi, avec le spectateur, avec l'histoire de l'art, le rendez-vous galant ou la relation amoureuse", explique l'artiste de 58 ans, fumant un gros cigare, une tasse de thé vert posée devant lui.

Son arrivée chez Thaddaeus Ropac, aux côtés notamment des artistes Miquel Barcelo et Anselm Kiefer, avait été consacrée par l'exposition "Help !", en 2013.

Yan Pei-Ming doit à l'historienne de l'art, Suzanne Pagé, aujourd'hui directrice artistique de la Fondation Louis Vuitton, sa "première apparition sur la scène parisienne en 1988". Alors âgé de 27 ans, il sortait à peine des Beaux-Arts de Dijon où il vit et travaille encore aujourd'hui.

- Titien et Picasso -

De longs cheveux raides, poivre et sel, une barbe presque blanche encadrent son visage à l'expression moins sombre que l'autoportrait de deux mètres sur deux, baptisé "Lui", qui surplombe la salle principale de la galerie Ropac. Pour ce lieu, il a choisi des toiles d'un format "peu plus spectaculaire" mais moins que ses oeuvres monumentales habituelles.

"Elle et moi", une scène érotique aux tons bleu gris, est flanquée d'une grande toile rouge et bleutée du "Pape Paul III tête nue", -- écho de l'oeuvre "Paul III" (1545) de Titien -- et d'un portrait de Titien, lui-même.

Sur le mur opposé, la grande toile "Elles" figure un groupe de femmes dont la composition évoque "Les Demoiselles d'Avignon" (1907).

Face à Pablo Picasso, "on est toujours humble", souligne-t-il, "un peintre n'a jamais honte de faire référence à Picasso. Par rapport à lui, on est juste un peintre normal, honnête, un peintre face à la peinture."

"Le sujet mais aussi l'espace détermine mes formats, dit-il. La petite antichambre chez Ropac m'a dictée des choses plus intimes comme +Elle avec toi+", une huile de 46 cm sur 55 cm représentant l'étreinte d'un couple.

- Triple expo en 2019 -

La collection de photographies au musée Nicéphore Niépce à Châlon-sur-Saône, où il a exposé en 2016, lui a inspiré une série de nus féminins travaillés à la gouache, dans une foison de tons gris.

"Je n'avais plus fait de gouache depuis mes débuts", relève-t-il. Cette exposition "marque une ouverture, plutôt qu'un tournant, je ne m'interdis rien."

Les œuvres exposées valent entre 80.000 et 480.000 euros.

Yan Pei-Ming prépare à présent une triple exposition qui démarrera le 10 juin 2019, d'abord au musée Courbet, à Ornans (Doubs) pour célébrer "jour pour jour" le bicentenaire de la naissance du peintre de "L'Origine du monde", puis au Petit Palais pendant la Foire internationale d'art contemporain (Fiac) et au Musée d'Orsay.

"Courbet est important pour moi parce que c'est un peintre pour les peintres", fait-il valoir, "il couvre une telle variété de sujets, il sait tout faire."

Le peintre a déjà photographié des détails de "L'enterrement d'Ornans" (1849-1850), toile monumentale de Courbet, dont il réalise des études à l'aquarelle. "Mais je ne veux pas faire une toile grandeur nature", prévient-il, "je peindrai les détails séparément que j'appellerai +décomposition de l'enterrement d'Ornans+, comme un cadavre."

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