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Les "bonnes ondes" du rappeur Dosseh

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Le rappeur Dosseh posant pour un photographe, à Paris, le 10 juillet 2019 Martin BUREAU

Il a été dealer dans sa jeunesse mais Dosseh n'aspire plus aujourd'hui qu'à diffuser de "bonnes ondes", à travers les "ballades rap" qui l'ont fait connaître comme les morceaux plus explosifs qu'il vient de publier.

Le musicien d’Orléans a véritablement percé en 2018 avec les accords de piano d’"Habitué" (63 millions de vues sur YouTube), un constat désabusé sur la vie, l’argent et l’amour.

Quelques mois après la sortie de son album Vidalo$$a, il revient cet été avec la quatrième édition de sa mixtape "Summer crack", dix titres chargés d’énergie et de second degré, à écouter "à fond entre Paris et Bordeaux, Paris-le bled ou Paris-Dubai".

Il y est accompagné de jeunes pointures du genre, entre les cris de KobaLaD, le chant de Bramsito, et une reprise contemporaine de "Trois petits chats".

Dans "L’odeur du charbon" perce aussi sa noirceur quand il décrit, en duo avec le jeune Maes, le quotidien désabusé des dealers. Il raconte son expérience de vendeur de crack dans la banlieue d’Orléans.

"Je n’en fais pas des cauchemars, ça s’est passé", raconte à l'AFP Dosseh, 34 ans. "J’avais une urgence, l’urgence de subvenir à mes besoins, de vivre comme les autres jeunes. Dans mon entourage, beaucoup de gens étaient dans ça".

Avec sa musique, il vend maintenant "du rêve aux bourgeois que (ses) drames fascinent", soit une "drogue moins nocive".

- "Passé par la fenêtre" -

Désormais, Dosseh ne rêve que "de bonnes ondes, un échange d’amour". En concert, il retrouve cette "communauté forte" qu’il a créée en 15 ans de carrière, entre Orléans et Paris.

A l’Olympia en janvier, il a fait lever le public pour sa mère, une "charbonneuse" qui le "voyait travailler pour la première fois" devant 3.000 personnes. "Si j’étais plus fragile, j’aurais lâché une larme", lâche Dosseh derrière sa barbe épaisse.

"Élevé dans l’idée qu’il y avait des obstacles dans la vie", il a eu alors le sentiment d’avoir réussi. "A l’école, j’étais dans la catégorie capacités inexploitées. J’étais toujours premier en français, mais extrêmement dissipé, ça me sortait par les pores d’aller à l’école. Et après je suis devenu un petit mec de cité".

Dosseh dit tenir son écriture fine de son grand-père, qui lui apprend très tôt à lire. Son père, un comptable, pianiste dans sa jeunesse au Cameroun, lui donne le goût de la musique, comme il l’a transmis à son demi-frère Pit Baccardi, une des pointures du rap des années 2000.

Maintenant, Dosseh insiste sur son besoin d’indépendance, son désir d’entreprise, comme Booba avec qui il avait enregistré son tube "Infréquentable" en 2016. "Les grandes institutions de la musique ne voulaient pas nous faire manger à leur table, alors on est passé par la fenêtre".

Dosseh a appliqué la même recette au cinéma, réalisant dans son coin le film "Karma" en 2013. "Je ne connais personne dans le milieu, mais je kiffe le cinéma, alors on fait comment? J’ai réuni trois-quatre potes, et on a sorti le film".

Il pourrait d’ailleurs y retourner, car Dosseh ne se voit pas "finir dans la musique". Comme de nombreux autres rappeurs, il considère que "le rap est une vitrine, une passerelle vers autre chose".

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